L'analyse de Christophe Carrière, grand Reporter au service

Un prophète: 8. Vincent Lindon : 0

La cérémoniea commencé par une très bonne présentation en forme de vanne (Gad Elmaleh annonçant une "Laura Smet en pleine forme"), et a dérapé en fin de soirée sur une injustice (pas de César donc pour Vincent Lindon).

On a pourtant cru, dans un premier tiers, à une répartition égale des votes. Après la logique attribution du Meilleur Espoir à Tahar Rahim ("Un Prophète"), Emmanuelle Devos gagne le Meilleur Second Rôle pour "A l'origine" (de Xavier Giannoli), Stéphane Brizé celui de la Meilleure Adaptation pour "Mademoiselle Chambon", le Meilleur son et la Meilleure musique vont au "Concert" de Radu Mihaileanu... Et tout cela entrecoupé de trophées pour "Un prophète" (Meilleur scénario, Meilleure photo...).

Et puis, parallèlement à une animation qu'on attendait survoltée grâce au tandem Elmaleh-Lemercier, et qui finalement s'est avérée plutôt sage et calibrée, le palmarès s'est mis sur des rails, s'arrêtant aux stations attendues, pour certaines espérées (le Second rôle masculin pour Niels Arestrup, le documentaire pour "L'Enfer" de Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg), pour d'autres étranges (Mélanie Thierry comme Meilleur Espoir Féminin... Il faut voir). Jusqu'au terminus: "Un prophète" Meilleurs Film et Réalisateur donc, et Isabelle Adjani cinquième fois césarisée avec "La Journée de la jupe" (de Jean-Paul Lilienfield).

Et le train-train a laissé à quai Vincent Lindon, au profit d'un deuxième ticket pour Tahar Rahim. Ce dernier n'en demandait pas tant. L'autre le voulait, tout le monde le sait. Et c'est bien pour cela qu'on ne le lui a pas donné.

En France, contrairement aux Etats-Unis, il convient de faire profil bas, de ne pas crier son enthousiasme, ses envies, ses exigences artistiques... A l'instar de ce votant croisé cette semaine, tous (ou presque) s'accordaient à dire que l'acteur de "Welcome" et "Mademoiselle Chambon" méritait le trophée. Mais ce même votant l'avouait sans honte: "Je ne vote pas pour lui parce qu'il est agaçant à toujours s'énerver."

Avec de tels critères de jugement, il y a pourtant de quoi s'énerver, justement. Comme le disait doctement (et discrètement) un des organisateurs de la cérémonie lors de la conférence de presse pour les nominations: "Les votants sont des moutons".

Face à un monument comme "Un prophète" (8 césars, donc), ils ne peuvent que rentrer dans le droit chemin. Face à un indomptable comme Vincent Lindon, ils ne peuvent que s'enfuir.

L'analyse de Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de

César et la manière? Un palmarès logique pour une cérémonie en demi-teinte

Pour toute personne qui assistait hier pour la première fois à la cérémonie des César dans l'antre même du théatre du Châtelet, il y avait samedi soir de quoi écarquiller les yeux par l'occupation record de stars au mètre carré.

C'est le premier bon point de cette soirée: acteurs et célébrités ont joué le jeu de cette indéboulonnable remise de prix et les têtes connues se bousculaient dans les premiers rangs de la salle.

D'un Harrison Ford tout sourire et visiblement étonné et gêné par la standing ovation qui lui a été offerte à une Marion Cotillard, glam à souhait dans son rôle de présidente de la cérémonie, des Audiard's boys faisant la clape durant toute la soirée jusqu'à Isabelle Adjani, qu'on avait plaisir à revoir, si disponible, tous avaient un beau sourire aux lèvres.

Logiquement, "Un prophète" a triomphé d'une compétition pourtant dopée à la qualité ("Welcome", "Le concert", "Mademoiselle  Chambon").

Logiquement, Jacques Audiard, prince de Cannes et enfin devenu roi des César.

Logiquement, Tahar Rahim devient le premier acteur a être distingué par les César de l'espoir et du meilleur comédien. Une première mais une évidence: il était de très loin le meilleur acteur français de l'année écoulée.

Record et évidence encore avec Isabelle Adjani qui met ses concurrentes à distance avec 5 César à son actif et revient enfin sur le devant de la scène avec "La journée de la jupe".

A suivre dans la salle, la cérémonie avait l'avantage d'être plutôt drôle, les remerciements  à rallonge de quelques-uns et les chansons "cochonnes" de quelques autres n'ayant même pas réussi à faire souffler les invités. Il n'y avait finalement que sur scène que le coeur ne semblait pas toujours y être, les maîtres de cérémonies Gad Elmaleh et Valérie Lemercier semblant jouer solo leur duo à coup de réparties un peu trop mécaniques.

Mais qu'importe, avec "Un Prophète", Adjani et les autres, c'est le cinéma français à son zénith qui était la star.