Après l'annonce de la décision du conseil d'administration du Festival d'exclure Lars von Trier pour ses propos sur Hitler et Israël, plusieurs voix se sont faites entendre pour condamner ou tempérer les propos du réalisateur.
Le réalisateur danois Joergen Leth, un ami proche de Lars von Trier s'est déclaré "choqué" par la décision du Festival, estimant que la direction avait "surréagi". "Lars aime bien provoquer, mais c'est sa nature. Il n'a pas du tout dépassé les limites dans cette affaire qu'on a grossi du côté du festival", a-t-il déclaré sur la chaîne danoise TV2 News. "Il (Lars von Trier) a fait ses excuses. Et je pense que cela suffisait", ajoutant "ne pas comprendre la réaction exagérée du Festival". D'après lui, son ami prend cela "avec humour".
Le centre Simon Wiesenthal, qui lutte contre le racisme et l'antisémitisme, a fermement condamné des propos "calculés et gratuits" ; pour le réalisateur français Claude Lelouch, Lars Von Trier a commis là un "véritable suicide cinématographique" ; à Bruxelles, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a estimé qu'il avait "pété les plombs" et exprimé son "effarement" et son "indignation".
Lars Bo Nielsen, le directeur de l'Institut danois du film, a quant à lui qualifié jeudi d'"idiots" et "repoussants" les propos du cinéaste, tout en affirmant qu'ils "n'auront pas de conséquences" financières sur les projets de l'enfant terrible du cinéma danois."
Le professeur de Sciences du cinéma à l'université de Copenhague, Peter Schepeleren, a estimé pour sa part que la réaction de la direction du Festival avait été violente. "Je pense que sa prestation lors de la conférence de presse est à beaucoup d'égards absurde. Mais lorsqu'on écoute ce qu'il a dit, ce n'est qu'une taquinerie mal placée, du sarcasme et de la provocation", a-t-il estimé, cité par l'agence danoise Ritzau. "Ce qu'il a dit est très déplacé, mais ce n'est pas du tout une raison pour que le festival réagisse ainsi", a-t-il souligné.
Selon le délégué général du festival Thierry Frémaux, les deux actrices deMelancholia, Kirsten Dunst (visiblement très mal à l'aise durant la conférence de presse) et Charlotte Gainsbourg, avaient menacé de ne pas monter les marches du Palais pour la projection officielle s'il ne s'expliquait pas.
"Ces propos sont d'autant plus incompréhensibles que la femme de Lars Von Trier est de confession juive et ses enfants sont de confession juive", a également relevé Thierry Frémaux, qui connaît bien le réalisateur et l'a dit "consterné". "C'est une de ces provocations auxquelles il nous a habitués", a-t-il ajouté, relevant que le cinéaste est arrivé à Cannes avec les deux poings tatoués du mot "FUCK" qu'il a exhibés à l'envi. "Je préfère penser que ce sont des propos qui relèvent de la bêtise", a pour sa part glissé M. Jacob, pour qui cette sanction constitue une première en 64 ans de festival.