Pour ses premiers pas derrière la caméra, le dessinateur du Chat du rabbin griffe un coup de maître. Mêlant vraies anecdotes et fausse chronologie, Sfar trace un parcours inouï, celui d'un petit garçon contraint de porter l'étoile jaune qui, adulte, deviendra un artiste original. Gainsbourg avait fait de sa vie une légende. Le réalisateur la magnifie. Le conte est un ravissement pour les fans incollables qui se délecteront des détails comme pour les néophytes qui apprendront certains des secrets de fabrication de ses chansons.

Plusieurs idées de génie évitent au film d'être un banal biopic. D'abord, Sfar n'a pas cherché à nier qu'il venait du dessin, comme Gainsbourg, et le revendique dès le générique. Cette présence picturale se traduit par une autre création, une caricature en latex : la Gueule. Celle-ci permet de nourrir un dialogue Gainsbourg/Gainsbarre très réussi. Pour ne pas tomber dans le best of, Sfar fait réinterpréter les tubes par ses comédiens. Les duos avec Boris Vian (Philippe Katherine) et surtout avec la très sensuelle Brigitte Bardot (Laetitia Casta) sont particulièrement réussis.

Mais le film ne tiendrait pas sans l'incroyable interprétation d'Eric Elmosnino. Acteur de théâtre renommé (on l'a vu dans Le dieu du carnage), il a chopé l'élégance, le phrasé, l'ironie de Gainsbourg sans jamais tomber dans l'imitation. Du grand art.