On le sait...
Kristin Scott Thomas (KST) joue très bien les aristocrates britanniques de l'entre-deux-guerres. Après Une poignée de cendre (Charles Sturridge, 1988) ou Gosford Park (Robert Altman, 2001), elle le prouve à nouveau dans Un mariage de rêve, de Stephan Elliott. Elle y est une mère très stricte qui voit d'un sale oeil le retour de son fils au bras d'une Américaine dévergondée. « C'est seulement la quatrième fois que je joue l'aristo anglaise des années 1930. » Désolé, mais non. La cinquième, si on compte lady Nancy, son tout premier rôle dans L'Amour en héritage (1984), minisérie où KST disait d'une voix suave à Stacy Keach : « J'aimerais bien visiter votre atelier... » Elle ne s'y est heureusement pas attardée.
KST est anglaise. Ou française, aux yeux de ses concitoyens, qu'elle abandonne dès l'âge de 17 ans, étouffée par l'éducation rigide d'un collège de bonnes soeurs et par une famille très à cheval sur les conventions - donc peu à l'écoute de ses aspirations de comédienne. Jeune fille au pair à Paris, elle suit les cours de la rue Blanche, décroche sans effort le premier rôle du très mauvais Under the Cherry Moon (mais avec Prince comme partenaire), enchaîne avec des auteurs bien de chez nous, divers et variés (Mocky, Jolivet, Rochant...), et demeure encore aujourd'hui, à 48 ans, dans la « plus belle ville du monde. »
KST a été propulsée vedette par Le Patient anglais. Le film d'Anthony Minghella lui vaut, en 1997, une nomination aux Oscars et une porte ouverte à Hollywood. En France, c'est le récent Il y a longtemps que je t'aime, de Philippe Claudel, qui lui vaut un plébiscite du public et une nomination aux Césars. « J'aurai attendu longtemps avant qu'on me fasse confiance pour ce genre de rôle », soupire-t-elle. Et d'insister sur son envie de camper des personnages loin de l'image glacée qui lui colle à la peau. « Une vendeuse, une patronne de bistrot ou une hôtesse de l'air, par exemple », propose-t-elle. Avis aux auteurs.
On le sait moins...
KST a débuté avec Jean Richard. Pas au cirque, mais dans une enquête du commissaire Maigret. C'était en 1984, dans le rôle dit de la « deuxième coiffeuse blonde ». « Pour prendre un air concerné face à Jean Richard tirant sur sa pipe [elle le mime], je ne cessais de plisser les yeux, un truc typique d'amateur. » En parlant d'amateur : deux ans auparavant, KST tente, avec le père de ses enfants, d'écouler sur les plages un stock de deely bobbers, serre-tête avec deux ressorts affublés d'une boule. « Il nous en est resté 2 000 sur les bras. »
KST a refusé de jouer Elisabeth. Non que le rôle de Sa Majesté, repris par Cate Blanchett, ne lui convînt pas, mais elle était fatiguée. Et avait alors envie de se frotter au théâtre. « J'ai également décliné beaucoup de propositions américaines. J'en regrette quelques-unes, mais j'en avais marre d'être loin. » Du coup, depuis son retour des Etats-Unis, les grosses productions françaises lui ont mis le grappin dessus : Arsène Lupin (Jean-Paul Salomé, 2004), La Doublure (Francis Veber, 2006)... Mais ce n'est pas son truc. « Là où je me sens le mieux, c'est dans les petits films, plus personnels. » Dernier en date : Partir, de Catherine Corsini (sortie le 12 août), où, femme au foyer, elle craque pour un ouvrier joué par Sergi Lopez.
KST est drôle. Son drame, c'est que les spectateurs l'ignorent. Le jour où elle participe à un épisode d'Absolutely Fabulous enregistré en public, un chauffeur de salle annonce son entrée en scène. « Il y a eu un silence horrifié. » Elle brisera néanmoins la glace et fera rire le public. Tout comme elle est hilarante dans Confessions d'une accro du shopping, de P. J. Hogan (sortie le 20 mai), en patronne d'un magazine de mode. « Dans le script, c'était une méchante anglaise. J'en ai fait une folledingue française, avec un accent à couper au couteau. » On n'en attendait pas moins d'un esprit aussi aiguisé.