S'il a désormais peu de chance d'obtenir une Palme d'Or, Lars Von Trier peut se consoler du fait qu'il est le premier cinéaste à devenir 'persona non grata' au Festival de Cannes. Pour cet habitué de la provocation, on peut dire que c'est une consécration. En poussant le bouchant trop loin - et dans des eaux nauséabondes comparé aux autres -, il donne un coup de vieux à toutes les polémiques que ses prédécesseurs avaient pû créer. La preuve.
Truffaut vs le Festival de Cannes
En 1958, le critique François Truffaut avait été interdit de Festival pour agressivité verbale systématique envers l'institution. Dix ans plus tard, le cinéaste François Truffaut interdit le Festival avec l'aide de ses amis Jean-Luc Godard, Milos Forman ou Roman Polanski en soutien aux manifestations de Mai 68. Fin des festivités mais, au fond, ce scandale est une cause juste.
Maurice Pialat les déteste
En 1987, le jury présidé par Yves Montand décerne à l'unanimité la Palme d'Or à Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan. Comme tout le monde aurait voulu que Les Ailes du désir obtienne autre chose que le Prix de la mise en scène, les sifflets commencent. Pialat lève le poing et déclare : "Sachez que si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus !" Le réalisateur est coutumier de ces inimitiés. Pas de quoi crier au scandale.
Quentin Tarantino la déteste.
En 1994, le jury présidé par Clint Eastwood décerne la Palme d'Or à Quentin Tarantino pour Pulp Fiction. Tout le monde est ravi de ce choix sauf une jeune femme qui interpelle le réalisateur de façon véhémente. Pour couper court à l'agression verbale, il lève un doigt qui se passe de commentaires. Ce n'est pas classe mais de là à parler de scandale.
Robert Mitchum a les mains baladeuses
En 1957, au bord de l'eau, Mitchum pose avec Simone Sylva. Après avoir tous les deux un peu bu, l'actrice enlève le haut et l'acteur cache sa poitrine de ses mains devant l'objectif des photographes. Outrage aux bonnes moeurs : Mitchum est sommé de rentrer aux Etats-Unis et la starlette anglaise invitée à quitter la Croisette. Si le cliché est devenu culte, la carrière de la jeune femme ne se relèvera jamais de l'opprobre. Elle finira par se suicider. Non, le scandale n'est pas celui qu'on croit.
Lars Von Trier déclare être un Nazi, pour de rire, mais quand même.
Cette année, Lars Von Trier déclare être un nazi et comprendre Hitler en conférence de presse. Son humour pince sans rire nauséabond et son goût de la provocation va loin, jusqu'à dire qu'il aime bien les juifs mais pas Susanne Bier et qu'Israël "fait chier". Malgré de plates excuses par communiqué, le conseil d'administration décide de le déclarer 'persona non grata'. Normal, ce qu'il a dit est vraiment scandaleux.
