Petite leçon de cinéma. Présenté cette année en compétition à Cannes, A l'origine, de Xavier Giannoli, s'ouvrait sur un type sorti de prison, à la ramasse, limite clochard, et qui, peu à peu, sortait la tête de l'eau en mettant sur pied une arnaque qui allait le dépasser, lui, Philippe Miller, le petit escroc sans nom. La version (plus riche, plus complexe et donc meilleure) qui sort sur les écrans a été coupée, notamment amputée des premières séquences. On y voit maintenant Philippe Miller, visage froid, regard serré, sans états d'âme et corps dans le mouvement, bien décidé à réussir son plan.
Cette autre version donne une épaisseur différente à ce "héros", qui passe d'un type quelconque auquel on peut trouver toutes les excuses du monde à un homme déterminé et pas sympathique mais dont la transformation prendra davantage de poids - le fait divers est réel.
Ici se trouve la grande qualité du cinéma de Xavier Giannoli (Quand j'étais chanteur), qui sait travailler la matière romanesque pour façonner ses personnages et donner chair aux sentiments qui les font vivre et qui viennent se nicher au plus profond du spectateur, alors agité - c'est cela aussi le cinéma - par ce que le déploiement de l'imaginaire dans la fiction fait naître en lui. Attirance, rejet, peur, compassion, séduction : rayez les mentions inutiles. Ou, plutôt non, n'en rayez aucune et laissez-vous emporter.
Giannoli appartient à un courant classique - Renoir, Ford, Eastwood, Truffaut, pour faire court et bon - qui voit le cinéma comme un miroir de l'existence (pour l'auteur autant que pour le spectateur) et le film comme un morceau d'une mythologie à construire. A l'origine est aussi cela : une histoire qui dit le monde mieux que le monde lui-même. Et l'on trouve dans le parcours de Miller un état des lieux d'une société qui laisse chacun se démerder et, dans celui de Giannoli, une volonté de prescrire la solidarité comme remède à cette solitude. Un mot sur les comédiens, François Cluzet, Emmanuelle Devos, Vincent Rottiers, Soko, Gérard Depardieu : parfaits.