La nuit montréalaise bat au rythme de l'afro-futurisme. Originaires du Congo, du Sénégal, de Côte d'Ivoire ou d'Afrique du Sud, des musiciens et DJ font résonner les sons de l'afrohouse et de l'afrobeat, du gqom et de l'amapiano. Autant de genres qui réinventent les rythmes de danse ancestraux à l'heure de la musique assistée par ordinateur et évoluent sans limites dans le grand bouillon artistique de la métropole québécoise.

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Architecte de ce mouvement, le musicien Pierre Kwenders s'anime quand on lui demande ce que sa ville d'adoption a de plus que Paris, Londres ou New York. "Ce qui fait la beauté de Montréal, c'est qu'ici tout le monde collabore avec tout le monde. Il existe une fluidité totale entre les artistes d'origine africaine et ceux qui sont nés au Québec ou ailleurs." Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter son dernier album, José Louis And The Paradox of Love (2022), où l'on croise aussi bien le leader d'Arcade Fire, Win Butler, que la chanteuse bretonne Sônge, et où se font sentir à la fois l'influence de Prince et celle de Papa Wemba. Les paroles en lingala se mêlent à l'anglais et au français. Soit un vrai précipité de cosmopolitisme montréalais.

De fêtes à la maison... aux festivals à travers le monde

Arrivé au Canada en 2001, le natif de Kinshasa a pourtant d'abord rencontré des résistances. "Pour nous, c'était la grande époque du coupé-décalé, qui n'était pas du tout représenté dans les clubs, où le hip-hop et la techno régnaient en maîtres. Alors on a commencé à organiser des fêtes à la maison... qui ont vite dépassé les limites de la diaspora." Moonshine, le nom du collectif organisateur fondé en 2014 par Kwenders et son manager Hervé Kalongo, est aujourd'hui un sésame pour noceurs en quête de vibrations fortes. "Je venais de sortir mon premier album et j'étais programmé aux Transmusicales de Rennes, mais on n'avait pas d'argent pour tourner. Alors on a organisé une soirée un samedi de pleine lune. Pour la première, on avait invité 150 personnes, et 300 sont venues", se souvient-il.

Le succès est tel que Moonshine s'exporte à travers le monde (de Lisbonne à Los Angeles). Il donne même naissance à un label et une ligne de vêtements (moonshine.mu/). Et tous les artistes de la diaspora bénéficient de cette dynamique. Qu'ils s'appellent Møziz, Karyke, NoKliché, De. Ville, Afrikana Soul Sister ou Pierre Kwenders, on peut compter sur eux pour ne jamais laisser Montréal s'endormir.

Trois événements désormais incontournables

Le festival international Nuits d'Afrique

Pierre Kwenders est formel : "On ne peut pas parler de musique à Montréal sans évoquer Nuits d'Afrique." Fondé par Lamine Touré en 1987, le festival réunit chaque année 32 000 spectateurs. Parmi les salles investies, on trouve le Balattou, le bar où tout a commencé. "Aujourd'hui encore, les jeunes artistes de la diaspora y font leurs débuts. Le Balattou est un monument, c'est l'âme de Nuits d'Afrique."

Le Festival Mural

Créé en 2012, ce festival célèbre la démocratisation de l'art urbain à Montréal. Entre le boulevard Saint-Laurent, la rue Sherbrooke et l'avenue du Mont-Royal, on vient admirer les oeuvres des street artists les plus en vue, mais aussi écouter des concerts et DJ-sets avec une ouverture voulue sur l'Afrique. Moonshine y propose d'ailleurs cette année "un line-up représentant les sons africains les plus actuels".

Les soirées underground

"Montréal adore les soirées underground", assure Pierre Kwenders. Traduction : plus un événement est secret, caché, sélect, plus il attire les fêtards. Moonshine en est bien sûr le modèle avec sa politique "SMS for location" (le lieu n'est révélé par SMS que le jour J). Dans le même esprit, on guettera les événements du collectif Afrotronik et les soirées Mansa & Friends de la DJ Mansa Musso.