Ces dernières années, plusieurs études ont révélé que les cosmétiques pour bébé n'étaient pas toujours sûres. En 2016 par exemple, l'enquête menée par l'ONG Women in Europe for a Common Future montrait que 90% des produits testés -shampoings, lotions, laits nettoyants, ou encore lingettes- comportaient des substances chimiques potentiellement dangereuses ou allergènes. Des résultats qui suscitent la méfiance de la part des parents à l'égard de l'industrie cosmétique.
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Le parabène, longtemps utilisé dans les cosmétiques comme conservateur, a été l'un des premiers ingrédients décriés à être supprimé des formulations, suivi des phtalates -des agents fixateurs. Ils ont notamment été remplacés par le méthylisothiazolinone (MIT) et le phénoxyéthanol, classés dans la catégorie "à risques élevés" car suspectés de contenir des perturbateurs endocriniens et d'être allergènes.
Or la peau des nouveaux nés est particulièrement fragile. Elle n'a pas encore de film hydrolipidique pour la protéger des agressions extérieures. Moins perméable, le risque pour que des produits chimiques la pénètrent est accru.
Des labels aux contraintes variables
"Mon fils a la peau sensible avec une tendance à l'eczéma. Utiliser des produits bio me rassure, admet Marion, maman de Léo de 5 mois." Une vigilance qui s'étend aussi à l'alimentation de l'enfant. "Je lui fais des purées uniquement à base de légumes bio pour le nourrir, et j'estime que ce que je lui mets sur la peau est aussi important."
"Les produits labellisés bio garantissent l'absence de certains composants de synthèse, de silicones, certains colorants, ou encore d'OGM", indique Yasmine Terkin, directrice scientifique chez Weleda. Chaque label impose ses propres contraintes. Pour Cosmebio par exemple, un produit est estampillé bio si 95% minimum des ingrédients sont naturels ou d'origine naturelle, 95% minimum des ingrédients végétaux sont bio et 10% minimum des ingrédients du produit fini sont bio.
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Distinguer les mentions "bio" et "dermatologique"
"Le bio n'est pas pour autant un gage de qualité, insiste Johanna Ellia, docteur en pharmacie. Cela veut dire que le produit a été formulé selon la réglementation imposée par l'agriculture biologique, mais pas qu'il est sans allergène, sans parfum ou hypoallergénique."
D'après la pharmacienne, il faut distinguer ce qui est bio de ce qui est dermatologique, c'est-à-dire un produit utilisé de manière régulière et adapté aux peaux sensibles et atopiques. "Aujourd'hui, quand on me demande un produit pour bébé, je commence par m'informer sur la nature de la peau de l'enfant. S'il y a une sensibilité, je vais plus me diriger vers des laboratoires dermatologiques et thermaux comme Uriage, Bioderma, Avène ou Aderma." Les cosmétiques bébé de ces marques de para-pharmacie sont hypoallergéniques et sans parfum.
Privilégier les formules courtes
Adeptes du bio ou pas, les professionnels de santé s'accordent sur le fait que ce que l'on recherche dans un produit pour bébé, c'est une formulation la plus simple possible. "Un produit sûr n'a pas beaucoup d'ingrédients, insiste Franck Boralevi, Président de la Société Française de Dermatologie Pédiatrique. Si la liste est longue, on va sûrement retrouver des conservateurs et des composants chimiques à risque élevé ou modéré."
Yasmine Terki recommande également de limiter le nombre de cosmétiques. "Une fois que l'on connaît les produits adaptés à la peau de son enfant, ceux qui ne lui causeront ni irritation ni allergie, il vaut mieux rester sur la même gamme pour éviter les interactions et effets cocktail. Il n'est pas recommandé de baigner un bébé tous les jours. Deux à trois fois par semaine, c'est suffisant", précise-t-elle.
Même bio, des ingrédients irritants et allergisants
Le Professeur Boralevi met en garde contre les huiles essentielles. "Un certain nombre de produits bio en contiennent, explique-t-il. Les réactions chez certains enfants -notamment avant trois mois- sont parfois très graves." Elles peuvent aller de la simple rougeur jusqu'à la brûlure, aux vomissements, irritations de la gorge ou même convulsions.
Pour la toilette des tout-petits, le dermatologue recommande l'usage de syndets -savon sans savon- ou d'huiles lavantes qui laissent un film protecteur et améliorent l'hydratation. "Pour le nettoyage entre les couches, je préconise le liniment. C'est un liquide gras ancestral, qui nettoie très bien les fesses des bébés avec très peu d'ingrédients", ajoute Yasmine Terki.
Quand son fils âgé de deux semaines a développé un érythème fessier carabiné, Marion a opté pour une solution faite maison : "Une sage-femme m'a conseillé d'aérer régulièrement les fesses de mon fils, et de le nettoyer avec un mélange d'huile d'olive et d'eau à la place des lingettes estampillées 'naturelles'. En trois jours, il avait retrouvé une peau normale." Simple et efficace.
