"Dans le cadre de la stratégie de déconfinement, il a été décidé d'ouvrir les écoles et établissements scolaires, progressivement, à partir du 11 mai 2020 et dans le strict respect des prescriptions émises par les autorités sanitaires", peut-on lire sur le site du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. Après deux mois de confinement, les crèches, maternelles et écoles primaires devraient donc, peu à peu, rouvrir leurs portes. Les collèges, eux, devront attendre la semaine du 18 juin. Quant aux lycéens, ils devraient être fixés sur leur sort d'ici à fin mai. A noter que chaque mairie se voit également réserver le droit d'autoriser ou non la réouverture des établissements, en fonction de la capacité de chacun à respecter le protocole sanitaire.
Une reprise volontaire, ou pas
Autre singularité : contrairement aux rentrées scolaires classiques, celle-ci se base sur la notion de volontariat et sur certains critères de priorité. Compte tenu des circonstances et des risques sanitaires encore bien présents, chaque parent a le droit d'accepter ou non le retour à l'école de son enfant. Seront considérés comme prioritaires : les enfants de personnels soignants, les enfants de familles monoparentales, les enfants dont les parents sont en incapacité de télétravailler, ou encore les enfants en situation de décrochage scolaire.
Mais pour de nombreux parents, les craintes d'un retour à l'école sont encore bien présentes : "entre les conditions d'accueil anxiogènes et la peur des regrets s'il se passe quoique ce soit, j'en suis arrivée à la conclusion que ça ne valait pas le coup de prendre des risques pour quelques semaines à l'école", confie Sophie, dont les deux petits garçons qui étudient en petite section et en CE1 ne retourneront pas à l'école. "Je suis clairement stressé. J'ai du mal à croire que les tout-petits puissent intégrer les gestes barrières et jouer à un mètre de distance. Même s'ils sont sensibilisés, ce sont des enfants", s'inquiète à son tour ce papa.
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Pour d'autres, c'est davantage une question de civisme. "Je ne remettrai pas mon fils à l'école", a ainsi déclaré l'actrice Marina Foïs sur France Info le 6 mai. "Je sacrifie la scolarité de mon fils au nom de la collectivité." Et de justifier : "Dans la mesure où j'ai un appartement dans lequel je respire et un enfant [de 11 ans, NDLR] dont je peux m'occuper, il me semble que c'est ma responsabilité de faire moins circuler le virus que d'autres pour qui c'est impérieux de se retirer [du confinement]".
Soit par manque de recours soit par volonté certaine des parents, de nombreux enfants reprendront pourtant bel et bien le chemin de l'école le 11 mai. Reste à savoir comment préparer psychologiquement les plus jeunes à ce nouveau changement.
Positiver
"Difficile de préparer les enfants à ce changement alors que beaucoup d'établissements sont encore dans l'inconnu. Toutefois, je crois qu'il important de présenter ce retour à l'école comme quelque chose de positif", exprime Julia-Flore Alibert, pédopsychiatre installée à Paris. "Il est essentiel d'insister sur le fait que ce retour à l'école est une chance, afin qu'il ne soit pas pris comme une punition, explique la spécialiste. Il ne faut surtout pas que l'enfant ne se sente pas stigmatisé". Pour ce faire, Julia-Flore Alibert conseille donc de rassurer l'enfant sur son apprentissage et aux parents de rester discrets sur leurs inquiétudes, si inquiétudes il y a.
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Informer
Si les contours de ces reprises scolaires sont encore flous, les enseignants s'accordent à dire qu'il est important d'informer du mieux possible les enfants sur les changements qui les attendent. "La mise en place des gestes barrière va créer une ambiance pesante. Les enfants sortent d'une période compliquée pour se retrouver dans une école 'militaire'. C'est assez anxiogène", souligne Nadège, professeure d'une classe de CM1. L'enseignante conseille donc aux parents de bien expliquer à leurs enfants, avant la rentrée, dans quel contexte celle-ci va se faire, en adaptant leur discours en fonction de l'âge de leurs enfants : les professeurs disposeront d'un masque, les classes seront composées de 15 élèves au maximum, ils seront un par table, et devront respecter les mesures sanitaires et les mesures de distanciations sociales (même pendant la récréation). Le tout "en leur rappelant que ces mesures sont prises pour se protéger, mais aussi pour protéger les autres, sans pour autant s'appesantir dans un discours sans fin", ajoute-t-elle.
Responsabiliser
Maryline Obadia, professeure d'une classe de CM2, rue Ampère, dans le 17e arrondissement de Paris, insiste quant à elle sur la notion de responsabilisation. "Nous aurons une bonne discussion, où nous parlerons du virus et du fait qu'il existe des moyens de lutter afin de lever les angoisses (...) puis je les responsabiliserai sur les précautions à prendre. Il y aura du gel hydroalcoolique sur chaque table, ainsi que des mouchoirs, les fenêtres resteront ouvertes pour que l'air circule, tout comme les portes afin que personne ne les touche", explique-t-elle.
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Dédramatiser
Si le chemin de l'école sera identique à celui que chaque élève empruntait il y a deux mois, l'ambiance au sein des classes et des cours de récréation sera, elle, bien différente. Pour dédramatiser la situation, et que chaque enfant puisse appréhender sa reprise le plus sereinement possible, Nadège, professeure de CM1, souligne l'importance de la communication parents-enfants. "Il est primordial de garder le sourire et de ne pas communiquer son stress, si l'on est stressé le jour J, et d'être à l'écoute de son enfant à son retour en fin de journée, sans toutefois l'assommer de questions".
Pour accompagner son enfant dans cette nouvelle étape, "pourquoi ne pas lui faire appeler un copain ou une copine avant la reprise, afin qu'ils en parlent ensemble, et leur permettre de se donner rendez-vous pour reprendre le chemin de l'école ensemble ?", propose l'enseignante. Quant aux récréations essentielles pour décompresser, mais qui seront de fait moins animées, Nadège propose de réfléchir à des jeux qui se font à distance : comme les jeux de mimes, les devinettes, les blagues, ou encore la création de chorégraphies.
