En France, un enfant sur 10 vit dans une famille recomposée (source Insee, 2011). Pour ces familles, l'organisation des fêtes de Noël représente un défi de taille.
Le 25 décembre, pourquoi c'est si compliqué?
Sylvie Cadolle, sociologue et spécialiste de la famille recomposée*, rappelle l'importance de l'enjeu de la fête de Noël pour les parents et les enfants. "La pratique religieuse a beaucoup diminué, mais Noël est resté un moment important pour les familles. Elle est devenue la fête autour des enfants par excellence, contrairement au nouvel an. La célébrer sans eux -et pour eux, la célébrer sans les parents- s'avère difficile."
Christelle, maman de quatre enfants dont la plus grande fille est née d'une première union, témoigne: "Ce qui est dur, ce sont les années où elle n'est pas avec nous. Enfin, surtout pour moi. Mais les petits sont habitués et le vivent plutôt bien. Donc je ne montre rien et tout le monde rit, pleure d'émotion. Nous refaisons un repas de Noël avec elle lorsqu'elle arrive. Ses frères et sa soeur la regardent déballer ses cadeaux avec beaucoup de joie". Dans une famille recomposée, la seule solution consiste donc à "multiplier les Noëls" et donc les sapins, les plats d'exception et bien sûr les cadeaux.
Remplir le calendrier plusieurs semaines à l'avance
Dès lors, parents, beaux-parents (et parfois grands-parents, oncles et tantes) doivent se mettre d'accord pour trouver des dates: le 24 décembre au soir, le 25 au midi, parfois le week-end suivant ou précédent Noël en fonction des lieux de vie et des vacances de chacun. L'experte conseille de s'organiser très à l'avance (au moins deux mois) pour éviter les conflits de calendrier et réussir à satisfaire tout le monde.
"Sans compter que dans certaines familles, les grands-parents peuvent eux aussi avoir recomposé de leur côté, ce qui complique la donne!", ajoute Sylvie Cadolle. Céline témoigne: "Chez nous, c'est le 24 chez son père, le 25 chez moi et mon nouveau conjoint. L'année suivante, on inverse. Le 24 chez moi, le 25 chez son père. Ma fille de 10 ans est ravie de cette organisation et en quatre ans, nous n'avons jamais connu de tension."
Instaurer une bonne ambiance entre les enfants
Si la réunion des enfants des deux couples n'est pas habituelle, Noël peut exacerber les tensions dans la fratrie recomposée: concurrences entre les cadeaux, sentiment d'intrusion pour les enfants qui ne sont pas chez eux ou de jalousie pour ceux qui ne veulent pas "partager leur parent". Sans oublier les comportements des enfants qui peuvent différer des méthodes éducatives de la maison. Il faut donc faire preuve de bon sens: pas de différence de traitement entre les enfants, tout le monde participe aux préparatifs et reçoit autant de cadeaux. Mais aussi de souplesse: les règles de vie demeurent, mais ce n'est pas à vous de faire directement de l'autorité avec les enfants de votre conjoint. Une bonne astuce: organiser un nouveau rituel commun pour souder la famille recomposée (une sortie exceptionnelle, un dessert particulier, un jeu à découvrir tous ensemble...).
Eviter les organisations trop risquées
"Vouloir absolument réunir toute la famille, pour atténuer par exemple le chagrin d'un enfant dont les parents viennent de se séparer, n'est pas réaliste. Hormis dans des situations exceptionnelles de séparation très ancienne et d'entente cordiale entre les adultes, les tensions autour de la séparation (argent, garde des enfants...) gâcheraient l'ambiance", prévient la sociologue. L'enfant pourrait même croire à un début de réconciliation et vivre une grande déception.
Idem pour les nouveaux couples qui, dans un élan de générosité, voudraient inviter la mère/le père resté célibataire le soir de Noël. "Attention à ne pas créer de déséquilibre pour la personne seule. Dans ce cas, la présence d'un tierce, grand-mère ou grand-père, peuvent apaiser l'assemblée. Et la délicatesse est de mise. Ce n'est pas le moment de se faire des mamours à table." Sylvie Cadolle précise qu'un enfant préfèrera toujours deux soirées décontractées que la réunion à couteaux tirés de ses deux parents.
Se coordonner pour l'achat des cadeaux
"Il incombe le plus souvent aux femmes d'acheter les cadeaux de Noël. De fait, dans le couple recomposé par la mère, l'enfant reçoit généralement ce qu'il a demandé. En revanche, dans le couple recomposé par le père, la belle-mère, souvent moins proche des désirs de ses beaux-enfants, tombe parfois à côté de la plaque", observe Sylvie Cadolle. Du coup, l'intérêt de se consulter entre parents (souffler quelques idées à son ex-mari) ou entre femmes (si le rapport le permet) prend tout son sens. Cela permet aussi d'éviter les doublons.
Même consigne pour la "venue du père Noël". Si les enfants sont encore en âge d'y croire, il faut veiller à accorder les scénarios. Passe t-il chez tout le monde ou seulement dans le lieu d'habitation principal de l'enfant? La nuit, le jour? Rien ne peut être laissé au hasard pour que la magie de Noël opère aussi dans les foyers recomposés.
*Sylvie Cadolle est l'auteur de Familles recomposées: un défi à gagner. Comment organiser une nouvelle vie de famille après une séparation? paru chez Marabout en 2009.
