Il existe deux manières d'arriver à Todos Santos. Les plus pressés passeront par les airs, via La Paz, ou Cabo San Lucas, le hub touristique de la Basse-Californie, situé à la pointe d'une péninsule divisée en deux Etats: Nord et Sud. Les riches en audace et en temps préféreront l'équipée sauvage, par la terre. La possibilité d'un voyage. Départ de Los Angeles ou San Diego, vers l'infernale Tijuana (de l'autre côté de la frontière), puis la fertile Ensenada, l'insolite Catavina, la Française Santa Rosalia... L'un des plus beaux roadtrips du monde, initié dès les années 1970 par les surfeurs et les hippies californiens.
Une ambiance à la Jack Kerouac
Combi VW lancés dans la poussière, errance païenne, on lit Kerouac, on est sur la route. Pas n'importe laquelle. Aujourd'hui encore. Vibrante, mystique, la Highway 1 traverse d'une traite la péninsule mexicaine de 1600 kilomètres. C'est elle qui mène à la très bling-bling Cabo San Lucas et à sa trilogie usée: sea, fun and sun.
On lui préfère à présent un lieu habité par l'âme des Californies d'origine, après laquelle couraient les nostalgiques des seventies. A Todos Santos, une drôle de colonie ressuscite une certaine vision du nouveau monde. Chemin initiatique oblige. On the road, on se défait des pollutions urbaines. Entre les rivages méditatifs de la mer de Cortez et un océan Pacifique tout en puissance se succèdent des déserts à l'infini, hérissés de cactus candélabres géants. A chaque halte surgit un univers de vieux ranches et d'anciennes missions, de conquistadores et de tribus indiennes qui parlent à la pluie et au vent.
Entre brises fraîches et espaces branchés
Après deux jours d'aridité désertique et de digital detox forcée, Todos Santos, l'oasis ébouriffée de palmiers, a quelque chose du mirage. L'écrivain John Steinbeck dépeignait, dès les années 1940, "cette région à l'air miraculeux, sur laquelle rôde un rêve, et où les contours de la réalité changent à chaque moment". Très vite, il faut débrayer: la route devient rue principale.
Le défilé de paysages fait place à un centre historique miniature, quadrillé par quelques allées à l'américaine. Bâtisses coloniales rénovées, enfilade d'échoppes branchées et galeries d'art colorées se mélangent sans fausse note. Tout semble flotter entre lenteur et état de conscience modifié, à commencer par les chiens endormis à l'ombre de gros SUV.

La ville de Todos Santos, située en basse Californie du sud, aspire à un séjour tranquille et reposant.
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Importés des Etats-Unis, ces véhicules tout-terrain témoignent de la forte communauté d'expatriés qui a changé le destin d'un village déjà gâté par la géographie. Température constante de 21 à 26°C. Brise soufflant de l'océan. Une situation idéale au pied des montagnes de la Sierra de Laguna, qui capte les pluies et nourrit nombre de sources naturelles.
Conscients de ce capital, les missionnaires jésuites fondaient, en 1723, le village de "tous les saints". Le centre d'agriculture prospère deux siècles durant, jusqu'à un mystérieux incident géologique qui tarit les nappes phréatiques, dans les années 1950. La ville connaît sa traversée du désert, avant le retour inexpliqué de l'eau, en 1981. Les fermes rouvrent. La route qui relie La Paz, capitale politique de Baja, à Cabo San Lucas, est pavée.
Un lieu où grouillent les artistes
Sur son trajet: Todos Santos, qui revient dans le radar des gringos. Une nuée d'artistes débarque des Etats-Unis, dans le sillage de Charles Stewart. En quittant le village Pueblo de Taos, au Nouveau-Mexique, le célèbre peintre emporte un peu de l'esprit arty ethnique pour l'insuffler ici. Suivent les surfeurs et les hippies, les collectionneurs d'art et les yogis... Ces immigrés d'un nouveau genre rêvent de naturalité et de spiritualité, d'une autre Californie. Ils s'allient à des locaux pacifiques, naturellement protégés des violences du Mexique continental par la mer de Cortez.

Le kiosque de la place principale de Todos Santos.
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De cet heureux mariage naît un art de vivre unique, riche de traditions locales et de cultures bio, boosté par les dollars et la vision alternative des gringos. Côté hôtellerie, le boom est contrôlé. Les haciendas des anciens barons du sucre sont restaurées, décorées d'antiquités et d'oeuvres d'art mexicaines. Quelques adresses modernistes revendiquent une "fière modestie". Sans oublier l'Hôtel California, qui emprunte son nom au hit du groupe de rock les Eagles, filant une métaphore steinbeckienne du mirage savamment marketée.
Au pays des routes de sable
Coffee shops bio, talks sur le dharma, loncherias traditionnelles et toiles à 10 000 dollars font bon ménage. On se laisse vite séduire par le Todos Santos way of life. Tester les stands de tacos à prix très doux. S'extasier devant les oeufs à la mexicaine de chez Carla. Goûter le vin de mangues élaboré cette année par une pionnière du village, Elena Moreno.
Découvrir les concepts pointus des food entrepreneurs locaux. Glaces artisanales, jus végétaux... Tout est excellent, alimenté par la ceinture de potagers et de vergers bio qui cerne le centre-ville, ponctuée par des architectures d'adobe ocre, doucement lissé. Ces abords où fleurissent bougainvillées et scènes de vie aussi précieuses qu'éphémères se découvrent à pied ou en 4×4: nous sommes au pays des routes de sable.

Les bâtiments colorés de Todos Santos offrent un esprit très oriental.
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Entre séquences de yoga au centre Cuatro Vientos, pauses café et visites d'expos, l'appel des vagues se fait sentir. Une fois contournée une lagune d'eau douce, où nichent des oiseaux rares, une plage immaculée, une écume étincelante. Habitants et visiteurs s'y pressent autour des rituels lâchers de bébés tortues - festival d'onomatopées garanti.
On y scrute la migration des baleines grises, de décembre à mai. Les cétacés descendent des eaux glacées de la mer de Béring, en Alaska, pour se reproduire dans celles de la mer de Cortez. Le soir, on se greffe autour d'un feu improvisé sur le sable, avant de rejoindre le comptoir de Michael Cope, l'un des premiers galeristes du village. Art, fermes bio, méditation et protection de la nature : le melting-pot réussi de Todos Santos lui a valu d'être désigné comme l'un des 20 "villages magiques" du Mexique. Le seul de toute la Basse-Californie.
Comment y aller ?
Air France : Paris-La Paz à partir de 758 euros aller-retour (via Mexico). travelby.airfrance.com et 3654
Où dormir et se restaurer ?
Au bord de la lagune. A partir de 125 $ la nuit. www.alegriamexico.com.
Spécial foodies: La Esquina. www.laesquinats.com/home.html
