Sur l'écran de contrôle, une reconstitution en 3D du terminal 2E de l'aéroport Charles de Gaulle apparaît. Représentés sous la forme de petits bonshommes bleus, les passagers se pressent en temps réel vers le tapis à bagages. D'un clic, Sébastien de La Bastie, chief business officer de la start-up parisienne Outsight, vérifie si les distanciations sociales sont bien respectées. Autour de chaque personne, un petit cercle coloré apparaît. "En vert, cela signifie qu'il n'y a pas de problème. En revanche, les ronds rouges indiquent que les personnes se trouvent à moins de deux mètres l'une de l'autre". Une situation à risque d'un point de vue épidémiologique. Comment Outsight fait-elle pour observer à distance les passagers avec autant de précision ?

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En utilisant une vingtaine de "lidars" disséminés dans le terminal. "On envoie un faisceau de rayons laser qui balaye l'espace à 360 degrés afin de mesurer les distances, explique Sébastien de La Bastie. En croisant les données, on peut avoir une vue 3D en temps réel. Cette technologie, en cours d'expérimentation depuis le mois d'octobre, a déjà fait ses preuves dans l'automobile. Elle ouvre désormais de nouvelles perspectives pour les aéroports. "Pour la première fois on peut tester des outils qui servent à mesurer la distanciation sociale", s'enthousiasme Franck Le Gall, directeur des opérations aéroportuaires du groupe ADP.

Comment ces données seront-elles exploitées ? Plusieurs scénarios sont possibles. "Nous avons affecté des agents sur des zones précises (la salle de livraison des bagages, par exemple) dont le travail consiste à surveiller et intervenir en cas de souci. Ils pourraient recevoir une alerte sur leur tablette leur disant : attention, il semble qu'il y ait trop de monde à tel endroit", détaille Franck Le Gall. Les personnels habilités interviendraient alors pour disperser l'attroupement dans le calme ou donner des consignes afin que la livraison des bagages s'effectue sur un autre tapis. Ils auraient aussi la possibilité de lancer un appel au micro, invitant les passagers à mieux respecter les distances.

Suivre à distance les personnes ayant de la température

"L'important c'est de montrer à nos clients passagers que nous sommes réactifs et que nous ne restons pas sans rien faire", insiste Franck Le Gall. Cela n'aurait pas de sens de faire la police derrière chaque personne, mais avec ce genre d'outils, nous pouvons rassurer". En coulisses, ADP réfléchit à la façon de communiquer les informations recueillies par les capteurs aux passagers. "Par exemple, au moyen d'un écran mentionnant que telle ou telle salle est équipée d'un système de surveillance anonyme et que dans celle-ci 99% des gens respectent les mesures de distanciation sociale", imagine Franck Le Gall.

A l'heure actuelle, tous les fournisseurs de capteurs mettent à jour leurs algorithmes pour fournir aux aéroports ce nouveau type d'outil de comptage. Mais le "lidar" est sans doute la solution offrant le plus de possibilités. "En le couplant avec des caméras thermiques, on pourrait repérer et suivre les personnes ayant une température trop élevée, aller les voir et leur donner des recommandations. Notre dispositif médical sur place serait capable de vérifier si cette température est liée au Covid ou a autre chose", poursuit Franck Le Gall. Cette solution éviterait de faire passer tous les passagers au même endroit, devant la même caméra thermique.

Le travail combiné des "lidars" et des caméras permettrait aussi de compter et suivre les personnes qui portent un masque et celles qui n'en portent pas. "Ces solutions sont en développement, confirme Sébastien de La Bastie. Elles sont rendues possibles car nous enregistrons la position des passagers, des trolleys ou des bagages dans le temps. Nous pouvons ensuite interroger cette base de données de manière très fine". Outsight effectue également des recherches pour distinguer les familles du reste des passagers. "Nous nous sommes aperçus que 10% des gens ne respectaient pas forcément les distanciations, mais souvent pour des bonnes raisons comme par exemple, donner la main à un enfant", explique Franck Le Gall. Outsight planche donc sur un algorithme capable de repérer les personnes qui se suivent de près sur une longue distance. "Celles-ci ont de fortes chances de faire partie du même groupe, estime Sébastien de La Bastie.