Montagny, bonne affaire

Au sud de la Côte Chalonnaise, montagny est une appellation qui grandit dans l'ombre de ses voisines plus médiatisées, Mercurey, Givry et Rully. Le sol très calcaire est propice au chardonnay, et l'appellation est d'ailleurs exclusivement réservée aux vins blancs. Autre particularité: le pourcentage très élevé de premiers crus, majoritaires par rapport aux parcelles classées en village : 220 hectares sur 310, soit 71%. Cette particularité trouve son origine pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque cette classification fut établie. A l'époque, les Allemands réquisitionnaient les appellations génériques (bourgogne, etc.) et les villages (montagny, par exemple) pour les troupes qui combattaient au front, mais ils laissaient les premiers crus aux vignerons. Astucieusement, les producteurs du cru classèrent alors la quasitotalité de l'appellation en premier cru, ce qui évidemment était excessif compte tenu de l'approche bourguignonne de hiérarchisation des crus, traditionnellement élitiste. D'ailleurs, un déclassement des premiers crus les moins qualitatifs eut lieu il y a une vingtaine d'années, mais encore aujourd'hui, leur nombre très élevé rend difficile, pour le public, la mémorisation des meilleurs climats.Un bon montagny développe les parfums fruités et floraux du chardonnay, en y associant une pointe de minéralité qui lui donne une agréable tension. C'est un vin que l'on peut généralement apprécier jeune, et au rapport qualité-prix irréprochable. L'acteur principal de l'appellation est la cave de Buxy, une structure coopérative qui commercialise les deux tiers des volumes, mais le négoce bourguignon a longtemps utilisé cette appellation pour vendre des vins blancs d'entrée de gamme.Depuis peu, quelques vignerons sortent du rang, pour la plupart d'anciens coopérateurs qui ont repris leurs vignes. Pionnier des ces entrepreneurs, Stéphane Aladame a longtemps été le seul porte-drapeau de l'appellation. Mais depuis, d'autres l'ont rejoint, tels Laurent Cognard ou Jean-Pierre Berthenet, ce qui permet de goûter plusieurs interprétations de ce terroir où les meilleures cuvées coûtent généralement une dizaine d'euros, une rareté en Bourgogne! G.P.

Deux frères à Santenay

Santenay, c'est le gros bourg qui termine au sud la côte de beaune, des vins et des producteurs jadis illustres (la romanée-conti et tous les grands crus du grand Duvault-Blochet y ont été élevés une bonne partie du XIXe siècle), mais depuis bien des e siècle), mais depuis bien des années sans grande réputation! L'avantage d'être dans l'ombre, c'est qu'on peut construire sereinement une belle aventure! Claude et Hervé Muzard apprennent les principes de saine viticulture auprès de leur père Lucien, et le vin de qualité en dégustant les rouges révolutionnaires de Denis Clair, qui partageait avec eux les vignes du meilleur cru du village, le clos-tavannes. Des vins gourmands, obtenus par une macération préfermentaire à froid, qui échappaient à la rusticité donnée alors à la production locale par de mauvaises vinifications. Soudés, enthousiastes, infatigables au travail comme dans la dégustation, ils donnent une bonne image du renouveaubourguignon : les sols sont travaillés à nouveau et parfois labourés au cheval soit par leur père soit par eux-mêmes, les vinifications et l'élevage se raffinent, une activité complémentaire de négoce, avec l'achat et la vinification de raisins du secteur sud de la côte, leur permet d'augmenter la production tout en gardant le contrôle du type des vins. Les prix restent sages et l'adresse devient incontournable! M.B.

Grégory à Nuits

Quand, fort intelligemment, la famille Boisset comprend qu'il faut relooker ses vins de négoce, elle fait appel à un inconnu, Grégory Patriat, certes fils d'un sénateur de la Côte-d'Or et passionné de vin, mais sans autre titre de gloire que d'avoir travaillé quelque temps au Domaine Leroy. Le garçon est visiblement doué et surtout de son temps: négocier avec les vignerons locaux, tous plus individualistes les uns que les autres, le suivi de leur vigne, le choix de la bonne date de vendange et même les convaincre d'un partenariat à moyen ou long terme, tout cela demande des trésors de diplomatie. Il y réussit avec un naturel confondant, sans doute en raison d'un atavisme politique familial, mais surtout ses années au contact de l'absolu en matière de qualité lui ont forgé un talent de dégustation unique, ou presque, dans sa génération. En cinq campagnes de vinification, il perfectionne un style de vin qui fait l'unanimité dans les dégustations à l'aveugle que nous organisons sur place en présence de l'élite de la viticulture, ce qui n'est pas rien. Et il redonne à l'étiquette qui porte le nom de l'empire, la crédibilité que toute l'histoire prestigieuse des marques traditionnelles n'avait su apporter. M.B.

Bande de jeunes à Marsannay

Les Dijonnais ignorent encore les trésors qui dorment à leur porte. On sait en effet qu'ils préfèrent les voyages lointains aux balades dans les vignes merveilleuses qui commencent dix kilomètres au sud. De Chenôve à Couchey, les vins ont longtemps eu droit seulement à l'appellation générique bourgogne, malgré la qualité des sols et des expositions, en tout point comparables à ce qu'on trouve à gevrey-chambertin. Un jour de désespoir, Joseph Clair-Daü eut la brillante idée de faire un vin rosé (il n'y en avait pas en ces années 1950, en Côte-d'Or), qui devint vite populaire, mais sans donner de vraie notoriété au village. Celle-ci commence à se construire par l'intermédiaire de vinificateurs prestigieux bientôt quinquagénaires, comme Bruno Clair, Philippe Charlopin, Vincent Geantet, relayés par la plus idéaliste bande de jeunes vignerons de la côte, tous amis et unis dans la promotion de leur village, Sylvain Pataille, Cyril Audoin, Laurent Fournier, Bernard Bouvier, le fils Collotte, Éric Guyard, Philippe Huguenot, et leur relatif aîné Olivier Guyot. Ils vinifient parcelle par parcelle, pour mettre en valeur les meilleurs terroirs et la diversité des caractères, comme on le fait dans tous les prestigieux villages voisins, et il faut dire que les progrès ont été aussi rapides qu'impressionnants. M.B.

Claire sur ses terres

Le passage de Claire Forestier à la direction du Domaine Bertagna n'est pas passé inaperçu en Bourgogne. Cette jeune femme élégante et déterminée y avait mis au point un style moderne de vin qui, nous en avons été témoins, impressionnait les viticulteurs les plus doués de sa génération. Après un court passage au Domaine Mortet, elle accepte la proposition de la maison Labouré-Roi de créer une ligne personnelle de vins, ce qui veut dire inventer une marque, forger par la vinification et l'élevage un style, trouver les réseaux de commercialisation. Projet ambitieux mais qui convenait à son tempérament, puisqu'elle pouvait aborder tous les aspects liés à la production et à la vente des vins de Bourgogne. C'était aussi pour la maison-mère le seul moyen d'élargir sa clientèle auprès des amateurs et des professionnels exigeants. Elle crée donc, pour la vendange 2007, la marque Terre d'Arômes et offre, dès ses deux premières vinifications, une gamme étonnante de vins remarquablement équilibrés et typés, du simple bourgogne aux grands crus échezeaux et clos-vougeot. Il ne faudrait pas que la crise vienne interrompre sa nouvelle aventure, qui est une pierre de plus ajoutée à la nécessité pour la Bourgogne de voir renaître un négoce de qualité. M.B.