"Pour dire vrai, même si je trouve la mécanique horlogère très attractive, je me contente de porter une montre en navigation. Aujourd'hui, on ne parle plus de la précision en longitude depuis la généralisation de l'emploi des systèmes GPS. Aussi, depuis deux ans et sur Pen Duick déjà, j'ai repris l'idée de faire les courses à l'ancienne avec une carte, un sextant et une montre afin de retrouver cette relation à la mer et au temps, justement.

La navigation astronomique en course, ça remet le marin au centre de l'aventure. Pour cette Route du Rhum à l'ancienne que je fais sur "le petit trimaran jaune", je pars avec une carte papier, un sextant et une montre que j'utiliserai, comme le faisaient les marins du passé, pour calculer ma route et faire le point quotidien en longitude. Evidemment, c'est mieux si la montre est mécanique car c'est plus joli. Mais ce qui compte, ce sont les souvenirs que l'on associe, et certaines sont plus symboliques.

Apporter quelque chose au produit

De mon deuxième tour du monde, dans les années 2000, durant The Race, je me souviens de ma Breitling Emergency qui émettait en 121,5 Mhz et des tests faits pour voir si tout fonctionnait convenablement. En vrai, ce qui me plaît, c'est de faire un travail pour apporter quelque chose au produit. Comme je l'ai fait avec Ulysse Nardin, ou auparavant avec Lacoste durant vingt-cinq ans.

En fait, ce n'est pas forcément de porter la montre qui m'intéresse, c'est surtout de participer à son développement car, bien que n'étant pas horloger, j'aime être acteur d'un produit et, comme dans le bateau, le rendre plus efficace. Et cela d'autant plus que je dois mon échouage aux Canaries, en 1979, à une montre électronique toute pourrie qui, ni étanche ni efficace, n'affichait plus rien. Celle-là, je ne l'aurais pas gardée.

Cela revient à dire que c'est le lien qui unit le monde de l'horlogerie à celui de la mer qui induit l'idée de transmission. Le terme même me rappelle Philippe Stern, marin passionné et propriétaire de Patek Philippe... Mais à dire vrai le thème me semble un peu tombé en désuétude. Aujourd'hui, on dirait que l'idée de transmettre dépend de la manière dont l'objet est arrivé à soi. S'il a été transmis, on doit continuer la chaîne. S'il est arrivé par hasard, rien n'impose de s'y attacher à moins, bien sûr, de vivre quelque chose de fort avec..."