"Proposer une forme d'élégance simple, qui soit accessible à toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur manière d'être, leur personnalité". Nathalie Marchal décrit l'esprit du nouveau dressing de Comptoir des Cotonniers comme une ode au raffinement, à la féminité et à la liberté retrouvée. Et c'est avec toute sa spontanéité, son naturel et son raffinement que la styliste - recrutée au printemps 2019 en tant que directrice artistique - a convaincu les dirigeants et l'équipe de Fast Retailing, groupe japonais à qui appartient l'enseigne de mode féminine. "Je me suis basée, certes, sur mon expérience de professionnelle de la mode mais surtout sur le fait que j'aime un peu toujours les mêmes choses, et je pense qu'on est nombreuses dans ce cas (...) J'ai pris le risque de dire les choses très franchement. Et ça leur a plu", raconte-t-elle, avec humilité.

Un dressing simple, élégant et durable

"Je me suis dit qu'on avait une chance formidable d'appartenir à un pays qui a un réel savoir-faire en matière de mode, une vraie expertise, ainsi qu'une histoire et un patrimoine culturel assez uniques", poursuit Nathalie Marchal. Son idéal ? Une marque de mode française composée de produits essentiels et intemporels, "des pièces iconiques qu'on aimerait retrouver au fil des saisons. Un peu comme dans un super magasin multimarque où il y aurait le meilleur pull marin, la super chaussette côtelée... Et que tout puisse aller avec tout ". L'ensemble avec de belles matières, une belle fabrication.

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La directrice artistique puise ainsi son inspiration dans les vêtements d'usage et du quotidien, les vêtements de travail aux imprimés et matières typiques de la fin du 19e siècle jusqu'à la fin des années 70. "Je trouve qu'il y a une certaine noblesse dans ces pièces faites pour un emploi précis et qui durent au fil du temps. Quand je vois ces femmes et ces hommes du passé dans leurs vêtements de travail, mais aussi dans des vêtements plus 'sophistiqués', je trouve ça beau et élégant", avoue-t-elle.

L'allure "chic easy"

Dans cette quête de pièces intemporelles essentielles, la styliste n'hésite pas à piocher dans le vestiaire masculin. Dans ses deux premières collections (printemps-été 2020 et automne-hiver 2020-21), on trouve ainsi beaucoup de chemises, blanches ou rayées : "La chemise peut être associée à une jupe, un jean... à plein de choses. J'aime la balance que ça crée quand c'est porté par des femmes. C'est le vêtement idéal, j'en porte tout le temps. C'est toujours réussi : je n'ai jamais vu quelqu'un à qui ça n'allait pas. C'est une sorte de couteau suisse du chic easy." Son but ? Que chacune des pièces puisse être portée de différentes manières, pour "s'amuser comme pour se simplifier la vie". Les robes décolletées en V peuvent ainsi se porter devant ou de dos. "Il y a une versatilité autant que possible sur de nombreux produits", précise-t-elle.

Très sensible à l'allure, la directrice artistique ne néglige aucun détail. "Le design des pièces elles-mêmes, ce n'est pas ce qui compte pour moi. Ce qui compte, c'est de ce que ça a l'air quand c'est porté. C'est l'allure, la silhouette". Aux mannequins de bois, la directrice artistique préfère des "modèles" mobiles, à qui elle demande de marcher et comment elles se sentent dans chaque pièce lors des essayages. "Tout ce qui m'importe, c'est que les silhouettes des femmes soient plus jolies dans des vêtements, qu'elles soient magnifiées, améliorées, optimisées. Je n'ai pas envie qu'on voie d'abord les vêtements Comptoir des Cotonniers sur une femme. J'ai envie qu'on la voie elle, qu'on la trouve bien et qu'il se trouve qu'elle est habillée en Comptoir des Cotonniers", insiste-t-elle .

Le sens du détail

Les ceintures et les tailles des trench et des pantalons sont rehaussées. "J'ai cette obsession d'allonger les jambes, la silhouette, pour créer une allure élancée, de retravailler les volumes. Ça peut être subtile. J'ai moi-même fait l'exercice entre l'ancien trench et le nouveau pour voir les différences : le volume reste le même mais on a ajouté des détails : on a fait un travail de fond." Les poches sont larges et profondes... "J'aime bien les sacs mais je trouve que c'est aussi une forme d'aliénation.. Je trouve que c'est une vraie liberté de pouvoir être le nez dans le vent, les mains dans les poches, avec tout sur soi, comme les hommes."

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Les chemises sont brodées aux initiales de la marque. Les matières sont naturelles, agréables à porter... C'est de la laine sèche, du tweed de laine, de la popeline de coton, de la soie en ver satin. "J'aime beaucoup le fait que ce soit satiné sur la peau, il y a une douceur, un confort et une sensualité à porter de la soie, et notamment le crêpe de Chine parce que ça ne brille pas". Et surtout, les tissus de ses collections se tiennent. Car "c'est important, qu'on ne soit pas au bout d'une heure comme si on avait dormi dedans...", plaisante-t-elle.

Un vestiaire en liberté

Son objectif ultime : rendre aux femmes la vie plus facile. "On a des vies très compliquées, très denses, on nous demande beaucoup de choses... Je souhaite leur proposer des produits qui les respectent et qui tiennent compte de leurs contraintes. On se demande souvent si on est habillée comme il faut pour telle circonstance, si ce n'est pas trop ou pas assez, si on ne va pas être déguisée... Si on pouvait s'en débarrasser de tout cela, la vie serait un peu plus légère".*

L'élégance selon Nathalie Marchal, c'est donc la beauté du geste, la liberté du mouvement. Pour une jupe droite portefeuille, elle demande aux mannequins de faire de très grands pas pour vérifier l'ouverture. Sur une jupe droite de la collection automne-hiver 2020-21, elle choisit de conserver la fente au dos : "Si on est pressé, qu'on a envie d'aller vite, il est important qu'on puisse le faire même en jupe." Dans cette collection, il y a aussi quelques talons mais "c'est vivable". Sur les bottes, c'est 6 cm maximum. Sur des pièces un peu décolletées ou échancrées, elle veille à ce que l'on puisse porter un soutien-gorge en-dessous. "On essaie nous-mêmes les vêtements. On les fait essayer à la plupart des membres de l'équipe. On s'assure que ce soit des vêtements qui aillent à toutes les morphologies. On fait de vrais tests"...

Une marque pour toutes les femmes

"J'ai toujours travaillé avec des femmes. J'aime les femmes. Et c'est vrai que je ne suis pas fascinée par les stars de cinéma américaines. Je suis influencée par plein de femmes françaises", avoue-t-elle. Et de citer Catherine Deneuve, jeune, avec une queue de cheval, un pull marin et une chemise, Françoise Sagan dans les rues de Saint Tropez avec Annabelle Buffet, toutes les deux très tomboy en jean et chemise, Louise Bourgoin et sa fraîcheur, Audrey Fleurot, Adèle Haenele, Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Maïwenn...

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Fini donc le concept mère-fille qui a marqué les campagnes de communication de la marque. "C'était super, c'était une idée de génie, ça a créé un lien affectif qui est encore très fort. Mais toutes les femmes ne sont pas des mères. J'ai envie de m'adresser à toutes et de se sortir de ce statut que je trouve un peu dépassé. Je suis mariée et j'ai une fille, mais j'ai vraiment envie de sortir de ce carcan matrimonial. Je tiens à ce qu'on s'adresse à toutes les femmes. Qu'elles soient mères, cousines, copines ou concubines, on s'en fiche !"

Dans ses nouvelles campagnes, Comptoir des Cotonniers fait ainsi porter une même pièce par différentes femmes, de différentes générations, de différentes couleurs. "Et on va continuer dans ce sens. Le slogan, c'est 'Nous', et ça dit tout. On va dérouler ce fil-là." L'idée est de rassembler. "J'ai envie que cette marque soit une marque bienveillante vis-à-vis de ces clientes et qui les aide à s'accepter comme elles sont". Et surtout, il faut que ce soit chic, tout court. A son image.

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Dans le dressing de Nathalie Marchal

"Mon dressing n'est pas du tout comme j'aimerais qu'il soit. Il y a beaucoup trop de choses et beaucoup de fois la même chose, comme des chemises bleues, mais elles sont toutes différentes. Je suis toujours habillée un peu pareil. Mon dressing, c'est principalement des pantalons. J'aime beaucoup les robes, mais je ne trouve pas que c'est ce qui m'aille le mieux. J'ai aussi un truc assez bizarre par rapport à la plupart des femmes : j'achète plus de bas que de hauts. Il n'y a pas beaucoup d'imprimés. Mais il y a un peu de couleurs, du rouge, un peu de vert vif. Mais j'aime bien la surprise, qu'il y ait un truc qui grince d'une seul coup, qui soit inattendu, singulier, qui rende la chose particulière. Et je porte des chaussures plates."

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