Rue de Nice, dans son atelier du XIe arrondissement, à Paris, Michel Vivien prend la pose au milieu de croquis, de prototypes et de dessins accrochés au mur qui rappellent sa formation à l'école des Beaux-Arts. C'est dans cet espace de 150 mètres carrés que ce fou de sculpture réalise les formes de ses souliers et les volumes de ses talons. Depuis vingt ans, il fait trotter les Françaises (dont Marion Cotillard, Carla Bruni ou Jeanne Damas) dans ses modèles sobres et raffinés. Pour fêter l'anniversaire de sa griffe, le créateur sort de ses archives sept pièces phares dont Babeth, des sandales plates en cuir tressé doré, Naxos, son alter ego en veau velours à brides entrelacées ou encore Emma, des babies haut perchées.

Michel Vivien dans son atelier parisien

Michel Vivien dans son atelier parisien

© / Anne-Gloria Lefèvre

Né en 1962, rien ne prédestinait ce Grenoblois d'origine, qui se rêvait artiste peintre, au métier de chausseur. L'histoire commence par un premier job chez la célèbre griffe italienne Pucci Verdi, pour qui il se met à dessiner des chaussures. Mais c'est sa rencontre un peu plus tard avec le fondateur de Carel qui se révèle déterminante : "En 1986, Tony Carel m'a embauché comme styliste. Je me suis retrouvé à faire des collections pour lui sans bien connaître le métier, que j'ai appris sur le tas. A l'époque, Carel faisait des chaussures pour les défilés, j'ai donc eu comme professeurs des gens exceptionnels comme Martine Sitbon ou Thierry Mugler", raconte-t-il. Très vite, il reçoit des commandes de nombreuses maisons, dont Michel Perry, jusqu'à Yves Saint Laurent qui fera appel à son talent à la fin de sa carrière. "Il régnait avenue Marceau une grande convivialité et je m'y sentais comme chez moi. Avec Loulou de la Falaise et toute la bande, nous nous sommes beaucoup amusés," se souvient-il.

Le croquis des sandales "Babeth" réalisé par le chausseur

Le croquis des sandales "Babeth" réalisé par le chausseur

© / SDP

La liberté avant tout

Suivront Alexander McQueen pour Givenchy, John Galliano pour Dior, Alber Elbaz chez Lanvin. En 1999, Michel Vivien lance enfin sa propre marque sous son nom, en même temps qu'une nouvelle génération de talents prometteurs : Bruno Frisoni, Pierre Hardy, Alain Tondowski. "J'ai monté ma marque par nécessité, pour garder ma liberté et ne pas avoir un regard mercantile sur mon travail d'artisan du luxe." confie-t-il. Et depuis, ses pièces sont toujours aussi réputées pour leur design, leur qualité et leur confort. Son talon ne dépasse jamais 9 centimètres. "Je suis raisonnable. Quand on me demandait de monter au-delà de 10 centimètres pour des défilés, je refusais ou je donnais ma démission après l'avoir fait. Je me suis fait traiter de plouc parce que j'utilise le mot confort depuis vingt ans", se souvient-il. Avant de conclure : "Moi, je fais des chaussures pour embellir et accompagner les femmes dans la vie active, pas pour la chambre". A bon entendeur...

Parmi ses clientes, l'influenceuse Jeanne Damas avec ses sandales dorées à brides tressées.

Parmi ses clientes, l'influenceuse Jeanne Damas avec ses sandales dorées à brides tressées.

© / Dominique Charriau/Getty Images for Christian Dior