Depuis l'irruption du Covid-19 dans nos vies, et particulièrement dans le monde de la mode, les créateurs ont peu à peu recherché un nouveau tempo, se posant la question des défilés, des présentations, la légitimité de ces saisons radicalement bousculées par le virus. Mais l'adaptation à un monde nouveau, le système D imposé par le confinement, peuvent produire bien des trésors. Le Covid-19 a agi comme une sonnette d'alarme, en tout cas une prise de conscience pour de nombreux professionnels. Nous avons compris que les réseaux sociaux permettaient de ne pas rompre le lien entre les marques et leurs clients - les stories par milliers, chaque jour sur Instagram, l'ont prouvé. Nous avons réalisé également que rien ne vaut l'expérience physique de l'acte d'achat.

Une "modeuse", le 11 mai 2020, à Paris

Une "modeuse", le 11 mai 2020, à Paris

© / - (c) Edward Berthelot/Getty Images

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Une interface avec le monde

Selon une étude de l'institut Nielsen, le "drive" et la livraison à domicile auraient progressé de plus de 75 % depuis le début du confinement ; en revanche, seules 3% de ces personnes auraient acheté des vêtements en ligne. Le premier jour du déconfinement, des files d'attente se sont formées devant des magasins Zara de Paris, Bordeaux ou Lyon, dès l'ouverture.D'autres ont fait la queue devant des boutiques Louis Vuitton, sur les Champs-Elysées, ou Hermès, également à Paris. Au-delà de la question du respect des distanciations sociales, ce phénomène prouve que la mode, et le vêtement en particulier, restent notre première interface avec le monde. Elle sert à nous identifier, à exprimer ce que nous sommes, ce que nous voulons être. La mode a toujours accompagné les soubresauts de l'histoire. Aujourd'hui encore, elle est le reflet de nos aspirations, de nos désirs de nous renouveler, de tout recommencer, de nous montrer à l'autre.... Exactement ce que ce confinement a nié pendant deux mois ! C'est le temps de la réflexion, de la création essentielle, de l'expression d'une envie profonde: celle de reprendre la main et de retrouver la joie de s'habiller.

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Vivement les blouses à manches bouffantes et les foulards, les tee-shirts de toutes les couleurs et la lingerie à porter par-dessus, les grands jupons qui virevoltent, les sandales, le coton, le lin, la fibre de bambou ou le cuir d'ananas, que sais-je... Et par-dessus tout, vive la possibilité d'avancer, à distance, prudemment, masqué, mais d'avancer quand même, en attendant que reviennent les touristes, les beaux jours, l'insouciance, la gaieté d'une journée d'été sans fin... En attendant enfin de pouvoir se balader sereinement au bord du Canal Saint-Martin, dans la plus belle des robes à fleurs, un cabas de paille dans une main, un verre dans l'autre, et un grand chapeau sur la tête, parfaits remèdes contre la lourdeur de cette période étrange qui n'en finit décidément pas.