C'est un petit miracle d'épure et d'équilibre : cinq perles Akoya posées sur une ligne d'or, le tout porté par un cercle parfait. Née en 2010 de l'imagination du designer américano-thaïlandais Thakoon Panichgul pour la maison japonaise Tasaki, la bague Balance s'apprête à fêter son dixième anniversaire avec le plus beau des cadeaux. Elle vient en effet d'être distinguée par le musée des Arts déco, à Paris, et fera partie des 100 chefs-d'oeuvre, de l'Antiquité à nos jours, présentés dans le cadre de l'exposition Luxes (qui devait se tenir à partir du 23 avril, mais reportées en raison du coronavirus). Une consécration pour cette maison née en 1954 et qui poursuit, avec la même minutie, la culture de ses propres perles.

Bague Balance, Maison Tasaki
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Les perles d'Akoya
Pour découvrir ce rituel, il faut filer à l'autre bout du monde, jusqu'à l'archipel des Kujuku, au sud-ouest du Japon. Ce chapelet d'îles à la beauté envoûtante, posé sur une mer émeraude et nimbée d'une lumière irréelle, fascina le réalisateur Edward Zwick qui y tourna, en 2003, la scène inaugurale du Dernier Samouraï. Tasaki a choisi d'y implanter ses fermes perlières pour des raisons plus géographiques : cette mer intérieure est en effet à l'abri des vents et des courants qui pourraient contrarier les 5 millions d'huîtres produisant les perles Akoya, aux somptueux reflets lactés.

La technique impose d'implanter dans l'huître avec dextérité une bille accompagnée d'un greffon
© / - (c) Hiroaki Horiguchi/Tasaki/SDP
Pour les obtenir, la technique impose d'implanter dans l'huître une bille (le nucleus) accompagnée d'un greffon, geste d'une dextérité absolue car il faut opérer sans blesser. Durant l'automne (la meilleure période), les employés de la ferme de Kujukushima effectuent plus de 700 greffes par jour avant de placer les huîtres au repos dans un bassin où eau et oxygène sont contrôlés pour que l'opération ait toutes les chances de réussir. Les huîtres sont ensuite déposées tour à tour dans différents parcs de la baie, selon leur degré de développement.

Une fois la greffe effectuée, les huîtres sont plongées dans les parcs de la baies
© / - (c) Hiroaki Horiguchi/Tasaki/SDP
Durant dix-huit mois, elles sont bichonnées, nettoyées à la main une à une pour éviter l'introduction d'impuretés qui terniraient la nacre. Puis vient le temps de la récolte avec, toujours, ses surprises, car aucune vérification n'est possible durant la gestation. En moyenne, 50% des huîtres donnent des perles d'une qualité suffisante pour la joaillerie, mais les critères de la maison sont bien plus sévères. Seules 5% rejoignent les ateliers installés à Kobe, tandis que les autres sont revendues.
Kobe, la lumière parfaite
Kobe, symbole de perfection à la japonaise, puisque la ville aurait été choisie pour la qualité de sa lumière. Filtrée par les hautes montagnes en surplomb, elle permettrait aux artisans de trier, de façon chirurgicale, les perles à l'oeil nu. C'est là que les équipes de Tasaki repèrent une nacre un peu fade, une rondeur imparfaite. C'est également là que s'effectue le montage des bijoux. Certaines perles sont destinées aux bagues et aux boucles d'oreilles, d'autres aux colliers composés grâce à l'incroyable dextérité des artisans en quête de l'association parfaite. Un goût pour l'excellence qui a permis à la maison Tasaki de décrocher le très convoité titre de sightholder, licence décernée par le groupe De Beers et qui lui permet d'aller se fournir au Botswana en diamants bruts.

Seules 5% des perles récoltées rejoindront les ateliers de montage de Kobe
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Joaillerie d'exception
Les diamants, voilà l'autre grande affaire de Tasaki. Car ce producteur de perles se révèle également un joaillier d'exception, capable de séduire une clientèle traditionnelle avec ses sautoirs de perles, tout en bousculant les codes pour produire les pièces les plus désirables. Un goût pour l'innovation largement porté par Toshikazu Tajima, PDG de la maison depuis 2009, après une longue carrière chez Dior, Fendi et Gucci. "L'une de mes premières décisions a été de revitaliser la marque en recrutant Thakoon Panichgul comme directeur artistique, puis le Népalo-Américain Prabal Gurung au poste de directeur de la création."

Boucles d'oreilles Waterfall, perles Akoya et d'eau douce, et or jaune - (coll. Tasaki Atelier)
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Viendront ensuite le temps des collaborations, avec Marie-Hélène de Taillac ou Mélanie Georgacopoulos, qui enrichiront encore le prisme créatif de la maison. Résultat? Les collections déclinent désormais de véritables pépites comme ces bagues deux doigts, ces monoboucles grand soir, ces ear-cuffs rétrofuturistes... Un univers joaillier unique qui se déploie via 50 boutiques en Asie, aux Etats-Unis ou en Europe... A Londres avec la boutique de New Bond Street, à Paris avec les corners du Ritz, du Bon Marché et du Printemps Haussmann. On chuchote aussi que Toshikazu Tajima recherche activement un lieu parisien. On ne saurait l'en dissuader...
