Le débat s'envenime sur la question du travail des mannequins trop maigres. Alors que l'Assemblée nationale a voté le 3 avril l'amendement interdisant leur emploi, c'est au tour des agences de modèles de s'exprimer. Le Syndicat national des agences de mannequins (Synam) a ainsi dénoncé la décision de l'Assemblée, regrettant un "amalgame entre anorexie et minceur" et une "stigmatisation" des agences.
L'IMC considéré comme insuffisant pour estimer la santé des mannequins
"C'est très grave de faire l'amalgame entre l'anorexie et la minceur des mannequins, c'est méconnaître que l'anorexie est une maladie psychogène" (principalement causée par des facteurs psychologiques), a déclaré Isabelle Saint-Félix, secrétaire générale du Synam, qui représente une quarantaine d'agences en France. "Quand vous prenez les critères d'anorexie, il ne faut pas prendre uniquement l'indice de masse corporelle (IMC) en considération, mais d'autres critères, à la fois psychologiques, les histoires de pertes de cheveux, de problèmes de dents, etc.", a-t-elle ajouté.
L'amendement prévoit d'interdire l'exercice d'une activité de mannequin à toute personne dont l'indice de masse corporelle sera inférieur à des niveaux définis sur proposition de la Haute Autorité de santé. Or certains mannequins sont maigres naturellement, a souligné Isabelle Saint-Félix. "Inès de la Fressange, pour ne donner que son exemple, dit elle-même qu'elle est constitutionnellement faite comme ça, comme sa famille".
Un raisonnement "simpliste" selon le syndicat national des agences de mannequins
"C'est important que les mannequins aillent bien. Mais c'est un peu simpliste comme raisonnement de penser qu'il n'y aurait plus d'anorexiques si on supprimait les mannequins très minces", a-t-elle dit, ajoutant qu'une telle disposition pouvait être "retoquée pour discrimination à l'embauche". Elle a déploré une "stigmatisation" des seules agences qui, a-t-elle indiqué, doivent satisfaire la demande du client (créateur de mode, magazine...). "Demain, si on demande aux agences de mannequins, des tailles 40, elles n'auront que des tailles 40, parce que c'est leur intérêt", a ajouté Isabelle Saint-Félix.
Elle a aussi estimé que cet amendement pénalisait les agences de mannequins françaises par rapport à leur concurrentes internationales, et souligné que 90% des mannequins présents dans les défilés et les magazines de mode étaient de nationalité étrangère.