Les images de Charles Fréger témoignent d'une expérience: les hommes sont égaux devant l'objectif, mais jamais pareils. Voilà que son oeil se porte aujourd'hui, au détour d'un nouveau livre, sur le fameux polo Lacoste, parangon du porter chic et sobre devenu depuis le signe de ralliement d'autres tribus: de l'allure propre des notables au charme hip-hop des banlieues. Un succès phénoménal donc pour cette chemisette en maille, imaginée et portée pour la première fois en 1933 par le joueur de tennis René Lacoste afin de supporter la chaleur des courts américains.

Hommage à un polo universel

A travers la simplicité d'un polo quasi universel, décliné dans toutes les couleurs, Charles Fréger a trouvé une autre langue: celle qui, par la normalisation d'un vêtement, offre encore une possibilité pour chacun d'être un peu, juste un peu, différent. Car, ici, l'humain est observé comme une figurine avec ses pauses et ses nombreux visages. Par l'intermédiaire d'un polo, le photographe français qui s'est fait remarquer pour ses portraits de groupes (écoliers, majorettes, militaires...) a mené en sociologue une véritable étude sur le sport à l'échelle tricolore.

On y croise ainsi, au fil des pages, des joueurs de tennis de Vincennes, mais aussi des amateurs de golf du Touquet, des pêcheurs de carpes de Sancoins (Cher) ou les sapeurs cabotins de Château-Rouge. Et pourtant chacun semble à sa place dans ce polo.

L'occasion de fêter avec intelligence les 80 ans d'existence de la maison, symbole d'une élégance décontractée à la française.

- L.12.12, par Charles Fréger. Steidl, 167p., 30 euros.