Comme Belphégor au Louvre, ou le fantôme à l'Opéra, la Parisienne fait partie de ces grands personnages dont tout le monde a entendu parler, mais que personne n'a jamais vraiment croisés. Un mythe. Une certaine idée du chic et de la féminité, longtemps associée aux images de Coco Chanel, Catherine Deneuve ou, plus récemment, Inès de la Fressange. Une icône que les outrages du temps semblent mystérieusement épargner.

La Parisienne, muse des créateurs

Paris a beau n'être plus qu'une des capitales de la mode, la Parisienne reste une muse pour les créateurs et les grands couturiers. En avril dernier, à l'issue de la Fashion Week, les rédactrices de mode soutenaient, unanimes, avoir croisé sa silhouette sur la plupart des podiums.

"Elle existe plus que jamais, martèle Véronique Constantinoff, la directrice de la rédaction du site Do it in Paris. Oui, la Londonienne ose plus. Oui, la New-Yorkaise semble plus sophistiquée. Mais elles n'ont pas ce petit je-ne-sais-quoi qui fait rêver les femmes du monde entier."

Un je-ne-sais-quoi indéfinissable

Un je-ne-sais-quoi apparemment impossible à définir. Que l'on interroge des stylistes, des journalistes, des artistes ou sa voisine de palier, les qualificatifs se bousculent. Contradictoires, la plupart du temps. Elégante, mais discrète; cultivée, mais frivole; simple, mais sophistiquée; hautaine, mais chaleureuse; toujours à la pointe de la mode et pourtant immuable...

"C'est sans doute cela, une Parisienne: une femme inclassable, rassure Romane, étudiante dans une école de mode. Une fille mélangeant perpétuellement les genres, capable d'associer avec grâce le haut d'un grand couturier et un jean H&M, de jurer comme un charretier dans le foyer de l'Opéra une coupe de champagne en main." Un mythe, décidément. Voire un cliché.

Elle est surtout le fruit de l'imagination collective

Des clichés, Baudouin en a justement pris près de 300, au fil des six années de travail qui ont conduit ce photographe de mode (pour Elle, notamment) à consacrer un livre aux habitantes de la capitale (1). Alors, l'a-t-il rencontrée, cette fameuse Parisienne? "La fille distante, jolie, littéraire, avec des jambes interminables? Pas franchement. On peut trouver des femmes qui se rapprochent de cet archétype du côté du Bon Marché ou de la place des Victoires, mais c'est rare. En revanche, j'ai découvert quantité de styles féminins différents"

Un caractère intemporel

On peut donc rencontrer des Parisiennes. Quant à l'autre, La Parisienne avec un grand L, il faut bien se rendre à l'évidence: elle existe surtout dans l'imagination collective. Sous le crayon de Kiraz, qui la croque nez et gambettes au vent, mutine et insolente. Dans l'esprit des étrangères qui, de New York à Tokyo en passant par Dubai, feuillettent les pages des magazines pour percer les secrets de son chic inimitable. Sous la plume des publicitaires qui, pour vendre un parfum ou une ligne de vêtements, la transforment en icône de l'éternel féminin. Une puissance d'évocation qui lui confère probablement son caractère intemporel.