Chaque vendredi, Géraldine Dormoy, journaliste digitale en charge de l'art de vivre à L'Express, livre son point de vue sur une actualité mode.
Chère Victoria Beckham,
Je saisis l'opportunité de ton défilé de dimanche à Londres pour te présenter mes excuses : il y a dix ans, je ne donnais pas cher de ta marque de mode. Je me souviens de la présentation de ta première collection, en septembre 2008. J'étais à la Fashion Week de New York, j'étais invitée, mais je ne suis pas venue te voir. Qu'est-ce qu'une ex-Spice Girl aurait pu montrer de neuf en matière de vêtements ? Je ne voyais en toi qu'une opportuniste. Il faut dire qu'à l'époque, je cherchais moi-même à m'intégrer dans ce milieu, en tant que blogueuse puis en tant que journaliste. Je ne reconnaissais que les gens du sérail. Je n'avais pas encore compris que la mode marche à la disruption, que ce sont souvent les stylistes outsiders qui s'avèrent les plus créatifs. Comme beaucoup, je t'ai regardée avec condescendance et j'ai sous-estimé ta ténacité.
Même à l'époque, j'avais bien senti que ton adoubement par Marc Jacobs, qui t'avait choisie comme égérie quelques mois avant le lancement de ta griffe, marquait pour toi un changement d'image radical. Mais je pensais que cela ferait simplement de toi une célébrité à nouveau branchée, pas que tu proposerais des vêtements que j'aurais envie de porter. Tant d'autres personnalités du spectacle se sont essayé sans succès au stylisme que j'étais sceptique. J'avais tort.
Comme le dit mon amie Carole Benazet, fondatrice du multimarque Département Féminin, tu as trouvé ton style au fil de tes collections, pour aboutir ces dernières années à "un look signature à la fois confortable et élégant, facilement reconnaissable - chemise ample, pantalon loose, pochette - et décliné dans des associations de couleurs subtiles".

Victoria Beckham en mai dernier à Londres.
© / Dave Benett/Getty Images for Victoria Beckham & Scotts Mayfair
Pourtant, excuse-moi d'insister mais tu reviens de loin. Jusqu'au début des années 2000, ta poitrine pigeonnante, tes escarpins de 12 cm et tes minis très minis ne laissaient pas présager une telle évolution. À l'époque, je n'avais pas encore la maturité suffisante pour savoir qu'un style se patine avec les années, même quand on a un jour aimé les shorts zébrés. Aujourd'hui, les silhouettes de tes défilés figurent parmi mes préférées de chaque saison de Fashion Weeks.
L'affaire est dans le sac
Et que dire de ton humour si typiquement britannique ? Il a fallu l'avènement des réseaux sociaux pour que je le découvre de mes propres yeux à travers tes posts Instagram. À ma décharge, comment aurais-je pu le deviner derrière tes mines d'enterrement ? Ton absence de sourire était déjà ta marque de fabrique du temps de Wannabe. Ton dernier coup d'éclat m'a fait sourire : poser dans un shopping bag devant l'objectif de Juergen Teller, comme il y a dix ans pour Marc Jacobs mais cette fois pour la campagne publicitaire de ta propre marque, c'est à la fois très drôle et très malin.
J'ai du mal à le reconnaître, mais je me suis peu à peu identifiée à toi : ton image de femme active mère de famille m'inspire. J'ai beau me douter que tu as quinze nannies pour t'occuper de tes quatre enfants et trois assistantes pour repasser tes chemises, je crois quand même que toi aussi tu cours après le temps et que tu as certains jours du mal à équilibrer vie pro et vie perso. Quand tu as lancé ta ligne de maquillage avec Estée Lauder, j'avais envie de tous les produits : comme tu parais à la fois control freak et adepte du nude, je savais que ta sélection serait naturelle et efficace. Allez, je l'avoue : tu fais aujourd'hui partie de mon panthéon personnel de wonder women. Joyeux anniversaire.
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