"J'ai souvent acheté des vêtements en double voire en triple exemplaire. Aujourd'hui je sais que ça le vide de sa substance. C'est comme si j'avais affaire à un clone et que tous ses pouvoirs s'étaient dilués parce qu'il n'était plus unique." Cette remarque est de Charlotte Moreau, alias la blogueuse Balibulle. Récemment interviewée par Isabelle Thomas sur son podcast Mode Personnel, elle raconte comment sa "combinaison-talisman" est devenue le symbole du passage à une nouvelle étape de sa vie professionnelle. Pour elle, il ne s'agit pas d'"un vêtement générique comme une marinière, que je pourrais racheter à l'identique. Ce vêtement a une trop forte histoire pour pouvoir être racheté". L'amour que Charlotte porte à un habit dépend de son unicité.
Un goût pour les clones
Son histoire m'a permis de me rendre compte que je n'ai pas du tout la même démarche. Si ma garde-robe ne contient pas que des pièces en multiples exemplaires, c'est uniquement parce que je n'ai pas pu toutes les dupliquer. Mais je rêverais de posséder chacun de mes vêtements préférés en trois couleurs.
Mon vestiaire reflète ce goût pour les clones. On y trouve cinq chemises en soie imprimée & Other Stories, autant de tee-shirts col V J.Crew, trois chinos Gap, deux gilets en maille ajourée Soeur, deux chemises Pierro Sézane... et je pourrais continuer la liste. Côté chaussures, c'est encore plus flagrant : j'ai une telle aversion pour les essayages qu'une fois que j'ai trouvé un modèle, je m'y tiens. Si Church's se décidait un jour à proposer de nouveau son richelieu Burwood en cuir souple et coloré, j'aurais le plus grand mal à y résister -je n'ai jamais regretté l'investissement de mes quatre paires, increvables.
Varier teintes et motifs pour le plaisir des yeux
Varier teintes et motifs me prémunit contre une trop grande uniformité. Tout mon plaisir est d'ailleurs dans ce cadre : je fantasme sur un dressing au cordeau, rempli de pièces à la coupe identique -quelle ordre !- mais déclinées dans un foisonnement de nuances -quel plaisir à l'oeil ! Si j'en avais les moyens, je collectionnerais toutes les pièces que je porte. Un nombre de coupes limité et une palette harmonieuse facilitent grandement les associations.
"C'est mon lien affectif avec les vêtements qui commande l'unicité", m'a expliqué Charlotte. Eh bien c'est tout autant ce lien affectif qui m'incite à revenir en magasin leur acheter un frère jumeau ! Je connais mes goûts et mon tempérament : il me suffit de porter une nouvelle blouse deux ou trois fois pour savoir si je la porterais régulièrement. Si je prévois un cost per wear intéressant, je m'empresse de vérifier si elle existe dans d'autres couleurs. J'ai trop regretté de ne pas l'avoir fait par le passé pour hésiter longtemps. Car c'est le problème avec les vêtements qu'on adore : on les porte si souvent qu'ils s'abîment plus vite. Mieux vaut en avoir plusieurs pour tourner longtemps avec le modèle qui nous va.
Pragmatique ou affectif ?
Vous me direz : encore faut-il pouvoir se le permettre. Certes, s'offrir plusieurs vêtements identiques sur une même saison requiert un certain budget, mais à plus long terme, cette approche s'avère plus raisonnable que des achats au coup de coeur, qui impliquent de plonger dans l'inconnu à chaque nouvelle pièce : on ne renouvelle que des pièces qui ont fait leurs preuves.
À cela s'ajoute le fait qu'une telle logique me mène naturellement vers les modèles permanents des marques, autrement dit ceux qu'elles ont eu le temps d'améliorer, saison après saison, jusqu'à en faire des essentiels durables.
"Je trouve plus intéressant d'acheter un modèle ressemblant, avec un petit détail qui change", estime Charlotte. Mais si on a trouvé la pièce que l'on cherchait, pourquoi poursuivre sa quête ? Effectivement, je suis probablement plus pragmatique qu'affective.
