Jean-Charles de Castelbajac l'affirme lui-même : "Je n'ai jamais été un créateur dans la tendance." Certes, mais il en a inventé une : celle du détournement. Designer, peintre, couturier... depuis plus d'un demi-siècle, cet esprit libre de la mode bouscule les codes avec son vestiaire arc-en-ciel nourri d'art et de pop culture. À l'image du pull Shiva à six manches, des robes graffitis de 1984 inspirées par les créations de ses amis Jean-Michel Basquiat et Keith Haring, ou encore de la robe "Campbell's soup", hommage à Andy Warhol. Depuis ses débuts en 1968, cet artiste touche-à-tout a habillé les célébrités de tous bords - de Jean-Paul II à John Lennon en passant par Lady Gaga -, et même relooké les murs de l'aéroport d'Orly avec ses fresques naïves aux couleurs primaires. Pas de répit pour cet hyperactif de 68 ans : le créateur, depuis peu directeur artistique de Benetton, signe ce printemps une collection mixte et enjouée pour Vilebrequin, la marque de bain tropézienne.
L'Express diX : L'année 2018 a été celle de votre come-back ?
Jean-Charles de Castelbajac : Ainsi est la vie. Les circonstances, l'époque, la suprématie des couleurs aujourd'hui et la pop qui a envahi la mode font de mon discours antérieur quelque chose de contemporain.
Comment pourriez-vous définir cette ligne pour Vilebrequin ?
Une collection sport avec un côté pop, allant de la rue à la plage. Les années 1970 m'ont inspiré parce que c'est à ce moment-là que la féminité a rencontré l'esprit athlétique. Je suis aussi remonté aux origines de la marque : Saint-Tropez, les voiles, le travail des matières, les maillots et les couleurs. Même le logo a été retravaillé. J'ai joué sur le "requin" de Vilebrequin en altérant la partie "vileb" par un arc-en-ciel très castelbajacien.

Robe colorblock de la collection Vilebrequin x JCDC
© / SDP
Le maillot de bain fait-il l'homme ?
Il est en tout cas le reflet de sa personnalité puisque c'est le minimum. C'est un "micro nous".

Chemise et short imprimés de la collection Vilebrequin x JCDC
© / SDP
Votre plage fétiche pour porter cette collection ?
D'un côté, celle de mon enfance, dans le golfe du Morbihan où l'eau est mouvementée et froide - j'ai toujours aimé me baigner en hiver. De l'autre, une plage en Corse avec une mer chaude et transparente. J'aime cette dualité.
La bande-son de vos vacances ?
Kazy Lambist, ce gars de Montpellier fait de l'électro très post-Daho et l'électro postmoderne de Flavien Berger. Sa chanson Contretemps dure quatorze minutes et me touche profondément. Elle prend ses racines dans la Nintendo, c'est presque de l'archéologie digitale.
Quelle place l'art tient-il dans votre vie ?
Je suis toujours dans la fulgurance et l'art est une pause. C'est ma manière de méditer. L'art et la mode sont complémentaires : l'un est un médium qui questionne, l'autre apporte des réponses. L'art est omniprésent. Il a envahi notre quotidien. J'ai d'ailleurs pensé les nouvelles vitrines et la présentation de Vilebrequin et de Benetton comme une installation.
Vous êtes un artiste qui fait de la mode ?
J'ai commencé à peindre avant de faire des vêtements. L'art a toujours inspiré ma mode. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Ça a mis du temps à être compris, parce que la France est un pays de spécificité et non de transversalité, à la différence des États-Unis. Mais aujourd'hui, c'est acquis. Le manteau d'ours en peluche que j'ai réalisé était plus proche d'une pièce d'un artiste comme Armand Fernandez. Comme mon pull Snoopy s'apparentait davantage à un acte de détournement qu'à un geste de mode. Mon travail relevait du manifeste, je voulais bousculer un monde plein d'a priori.

Une illustration de la collection Vilebrequin réalisée par Jean-Charles de Castelbajac
© / Jean-Charles de Castelbajac
Disponible dès avril dans une sélection de boutiques et sur le site de Vilebrequin, la collection s'exposera aussi dans un pop-up store dédié aux Galeries Lafayette Haussmann (Paris IXe), du 26 avril au 16 mai 2019.
www.vilebrequin.com
