C'est sans doute le télescopage médiatique le plus singulier de ces dernières semaines. Le énième épisode du feuilleton vaudevillesque des "favorites du président". Valérie Trierweiler dont les confessions sur l'oreiller ont passionné déjà plus de 750 000 lecteurs et Julie Gayet dont la présence au "château", intelligemment dissimulée jusque-là, est en réalité devenu un secret de polichinelle.
Alors que l'actrice est à Cannes au risque de s'exposer au feu médiatique et d'alimenter à nouveau la chronique people, la journaliste vient d'accorder au Parisien, à l'occasion de la sortie en poche de son bestseller Merci pour ce moment, une nouvelle interview au vitriol.
La dynamique infernale du couple Hollande/Royal
Non contente d'avoir déjà planté ses banderilles dans le cuir présidentiel, l'ancienne compagne de François Hollande tente désormais de porter l'estocade. S'offrant au passage le luxe de régler un vieux contentieux avec son éternelle rivale: Ségolène Royal. "Je m'incline, confie-t-elle. Ils sont indissociables. Cela dépasse leurs enfants. Tous les deux partagent un goût immodéré pour la politique. Le pouvoir est leur raison de vivre, leur obsession commune. J'ai servi d'instrument pour la conquête du pouvoir. J'ai été naïve. Ce n'est pas ce sang-là qui coule dans mes veines. J'ai cru à cet amour, mais il n'y avait pas de place pour une autre femme dans cette histoire."
Ce portrait à froid du couple Royal-Hollande, qui ne serait au fond que la réunion de deux ambitions, fait d'autant plus mouche qu'il vient en écho aux commentaires les plus récents des analystes politiques. Ceux qui voient dans l'actuel ministre de l'écologie, une "vice-présidente" possédant plus que la"ligne directe" avec le locataire de l'Élysée: un vrai pouvoir d'influence sur le président. "Ces deux-là ont un lien politique insécable, confirmait à nos confrères de L'Obs, l'avocat Jean-Pierre Mignard. Paradoxalement, même les tsunamis intimes ont fini par les voir se rapprocher".
"Je n'avais pas saisi que nous étions en monarchie"
Si Ségolène Royal ne boude pas son plaisir d'avoir regagné les cimes de l'État, sa place aux avant-postes du gouvernement Valls, les accusations de favoritisme ont le don de la crisper: "Nous sommes en 2015 en France... pas à Versailles sous Louis XIV."
Dans le même entretien, Valérie Trierweiler paraît lui répondre indirectement en fustigeant justement les dérives monarchiques du quinquennat et les réactions indignées des courtisans au sujet de son livre: "Le crime de lèse-majesté existe encore dans les têtes. Je n'avais pas saisi que nous étions en monarchie. Après l'effet de surprise, 'la cour' a été violente, systématique et souvent outrancière."
Celle qui se présente désormais comme une "affranchie" dit "ne rien regretter". On ne peut s'empêcher de se dire pourtant que Valérie Trierweiler a décidément l'affect à fleur de peau. En particulier au souvenir de cette ancienne rivale qui semble toujours provoquer chez elle ce qu'elle nomme dans ses carnets intimes "des excès émotionnels incontrôlables".
Une mise en garde déguisée à Julie Gayet
Comment, par ailleurs, ne pas voir dans cette interview, un message subliminal adressé à Julie Gayet. Une manière de dire à la nouvelle amie du président qu'elle va sans doute devoir composer avec un homme au coeur inconstant -de même, Ségolène, parfaitement consciente du caractère volage du père de ses enfants, avait confié à l'époque que Valérie aurait été plus avisée de s'occuper de "la prochaine" que de la jalouser.
La seule vraie fidélité de François Hollande va à la "chose politique". Cette "chose" tentaculaire qui, avec les enfants, est le socle indestructible de sa relation avec madame Royal. L'actrice l'a bien compris qui joue prudemment les "dames de l'ombre" et évite soigneusement toute interférence. En dehors d'un dîner informel et assez baroque avec son "fiancé" au cours duquel JoeyStarr a goûté au rhum de la cave présidentielle, rien n'a filtré de sa vie quotidienne au "château".
La nouvelle compagne du président, un sujet tabou à l'Elysée
Celle qui pénètre à l'Élysée par la grille du palais a bien conscience qu'avant la prochaine présidentielle, il ne sera pas question d'officialisation. "Pas sûr que ce soit bon pour leur relation, aurait d'ailleurs confié une amie. Ils sont comme un couple qui vit une histoire d'amour où l'on ne prend pas dedécisions immédiates".
Certains conseillers l'ont appris à leurs dépens. Le sujet Julie Gayet est tabou. Il le restera jusqu'à la fin du quinquennat. L'actrice et productrice de cinéma a intégré cette variable et cloisonne son existence et ses activités. Au point de prêter attention au moindre détail qui pourrait fâcher comme le titre du prochain film de Pascal Elbé, dans lequel elle joue avec Vincent Elbaz, et qui devait s'appeler à l'origine: Merci pour votre collaboration! Des termes trop en résonance avec le titre des confessions de Valérie Trierweiler. Du coup, cette histoire d'un mythomane qui escroque des banques sera à l'affiche sous le nom de Je compte sur vous.
La productrice est très appréciée dans le milieu du cinéma
Si l'entourage de l'actrice vient de démentir toute intervention de sa part, l'histoire fait déjà sourire et jaser dans les coulisses du Festival de Cannes où la productrice est venue présenter Comoara, un long-métrage de Corneliu Porumboiu.
Louée par le milieu du 7e art pour ses choix exigeants, Julie Gayet rapportera, on le lui souhaite, des lauriers de Cannes. Pour le reste, elle peut d'ores et déjà dire à François: "Je compte sur toi !"