Tout de blanc vêtu. Immaculé. Comme cette page à écrire qui l'attend. Dans son uniforme de gala de capitaine de frégate, Felipe a la jeunesse éclatante. Il semble rajeuni en ce jour des forces armées. À ses côtés, dans la tribune royale installée place de la Loyauté à Madrid, Letizia apparaît sereine. Presque discrète dans une tenue signée Varela à la douce tonalité grège. Elle ne tient pas à attirer les regards. La princesse des Asturies a l'intelligence de comprendre que ce défilé militaire est, d'une certaine manière, l'un des derniers hommages au roi Juan Carlos et à la reine Sophie qui tirent leur révérence après trente-neuf ans de règne.
"Une nouvelle étape dans l'histoire de l'Espagne"
Felipe et Letizia ont déjà endossé leur costume de futurs souverains. Sûrs d'eux. Sans arrogance. Le couple ne vit pas cette succession comme une rupture. "Il faudrait parler de continuité", a d'ailleurs précisé le porte-parole de la Zarzuela qui ne voit pas dans le règne de Felipe VI "une nouvelle étape dans l'histoire de l'Espagne". Tout le contraire. Si la proclamation du roi Juan Carlos "avait mis fin à quarante ans de dictature", celle de son fils doit simplement poursuivre son grand oeuvre. Simplement?
Une cérémonie solennelle mais austère
La situation n'a pourtant rien de limpide. Elle serait même totalement ubuesque. Selon un récent sondage, les Espagnols aspireraient à un référendum sur la monarchie tout en estimant que Felipe serait plus apte à diriger le pays que le président d'une hypothétique IIIe République! La Cour a d'ores et déjà fait savoir que la cérémonie d'investiture de Felipe, prévue le 19 juin aux Cortes, après les votes d'une loi organique par le Congrès et le Sénat, serait solennelle mais austère. Son budget est des plus modestes.
Il n'y aura pas de messe de couronnement
Vers 9h, dans la salle des audiences du palais de la Zarzuela, Juan Carlos remettra à son fils le "fajín", ceinture indiquant son grade de capitaine général des forces armées. En cette journée du corpus christi, il n'y aura pas de messe de couronnement, comme pour Juan Carlos en 1975. Aucune invitation n'a été envoyée aux cours européennes. Seul le roi Siméon de Bulgarie, ami intime du souverain, ayant vécu en exil à Madrid et chevalier de l'ordre espagnol de la Toison d'or, sera présent lors de l'acte officiel d'abdication.
Seule l'infante Cristina sera absente
La cérémonie d'investiture commencera à 10h aux Cortes. Felipe VI prononcera un discours en présence de son épouse, de ses filles, de sa mère, la reine Sophie, ses tantes, les infantes Pilar et Margarita. Sa soeur Elena sera là, ce qui n'est pas le cas de l'infante Cristina, toujours empêtrée dans une désastreuse affaire judiciaire. Le roi Juan Carlos n'apparaîtra qu'au balcon du palais d'Orient lorsque les nouveaux souverains salueront leurs sujets vers 12 h. Après avoir traversé la ville dans la Rolls royale.
Une tournée d'été européenne
Pour ceux qui regrettent le faste de la monarchie, la Cour a prévu pour les nouveaux souverains une tournée européenne en juillet et août. Lisbonne, Rabat et surtout Paris seraient "logiquement" envisagés. Seule la journée du 4 août a été affichée à l'agenda. Ils voyageront en Belgique pour assister aux actes commémoratifs du centenaire du début de la Grande Guerre. Toutefois, vers 13 h, la réception au palais d'Orient, accueillera principalement des personnalités du pays. Elle ressemblera à cette soirée de gala donnée en l'honneur de la visite d'État du président mexicain Enrique Peña Nieto. Sorte de répétition avant l'heure puisqu'elle s'est tenue dans la salle du trône. Letizia et Sophie avaient sorti leurs plus beaux diadèmes. Elles ont échangé des regards pleins de tendresse prouvant leur grande complicité.
"Cela m'est égal d'être la reine mère ou la mère du roi"
Le roi Juan Carlos était très ému. Il sait que c'est l'une des dernières fois qu'il sort de ce palais royal en souverain. La veille de l'investiture de son fils, vers 18h, il y signera son acte d'abdication dans la salle des Colonnes. Juan Carlos a fait savoir qu'il ne veut pas de titre après son départ. Il ne reprendra pas celui de comte de Barcelone que portait son père, don Juan. Le souverain se met "aux ordres de son fils pour assurer les fonctions de représentation qu'il lui assignera". Pour sa part, Sophie ne semble pas y porter une grande importance. Avec un joli sens de la formule, elle a déclaré: "Cela m'est égal d'être la reine mère ou la mère du roi."
