La portée pédagogique d'un film comme Suite française me touche lorsque je rencontre le public qui me questionne sur ses enjeux. La guerre n'est pas que dans les livres d'histoire, et la situation des personnages dans le film est très proche de celle que l'on pourrait vivre en Ukraine aujourd'hui.
Le réalisateur Saul Dibb avait le souci de ne pas montrer les choses en noir et blanc, mais dans toutes les nuances intermédiaires, parce que les êtres humains soumis à la violence se révèlent aussi bien dans leur lâcheté que dans leur grandeur. Irène Némirovsky a réussi dans son livre ces portraits "horriblement" beaux de victimes de la guerre ni héros ni lâche.
Cinéma
Au cinéma, j'essaie de suivre la nouvelle création française, comme Les Combattants de Thomas Cailley que j'ai adoré, et le meilleur des films américains. Dans The Imitation Game, Benedict Cumberbatch fait un travail extraordinaire dans un long-métrage pourtant très classique.
Fin 2014, j'ai eu la chance d'être nommé par Julie Gayet président du festival de courts-métrages Courts Devant. J'y ai rencontré la nouvelle génération, c'était absolument passionnant. Mon agent me rappelle en permanence qui sont les gens qu'il faut aller voir. Je suis parfois un peu trop paresseux, à la différence de mes trois modèles, Isabelle Huppert, Juliette Binoche et Catherine Deneuve. Elles sont exemplaires car elles vont au-devant des réalisateurs, elles voient tout et se bougent pour entrer en contact avec la création.
Musique
Récemment, je suis allé entendre Valery Gergiev qui dirigeait à la Philharmonie de Berlin le Concerto pour piano n° 4 de Beethoven, interprété par Hélène Grimaud, et la Symphonie n° 6 de Prokofiev. Auparavant, j'ai assisté à l'ouverture de la Philharmonie de Paris, puis j'y suis retourné pour un concert consacré à Pascal Dusapin qui s'est terminé par une symphonie de Brahms.
Si je suis dans une ville à l'étranger, mon réflexe est de me renseigner sur son actualité musicale, plus abordable que du théâtre dans une langue étrangère. J'ai ainsi profité de mon récent séjour à Prague pour voir une représentation de La Traviata.
J'aime beaucoup participer à des projets musicaux en tant que récitant, qu'il s'agisse du Martyre de saint Sébastien de Debussy, de Lélio de Berlioz, de La Danse des morts d'Arthur Honegger ou d'OEdipus rex de Stravinsky. Cela me permet de vivre des sensations proches de celles d'un soliste lyrique sans le risque de l'exposition par le chant.
Pour Le Roi et moi au Châtelet, ma voix était amplifiée, ce qui me rassurait énormément. J'ai tellement de respect pour le chant classique que j'ai développé une sorte de phobie: je pense au fond de moi être un usurpateur, et ce jugement me paralyse.
Art
En matière d'art contemporain, je trouve le travail de la galerie Thaddaeus Ropac formidable. J'apprécie aussi celle de Xavier Hufkens à Bruxelles. Il représente des artistes comme Robert Ryman, Louise Bourgeois ou Robert Mapplethorpe, mais expose aussi de jeunes découvertes.
J'ai adoré l'exposition Inside au Palais de Tokyo. D'autres m'énervent parfois, comme celle consacrée à Jeff Koons, dont je suis parti en colère. Ma réaction n'était pas raisonnée, j'ai quand même été touché par certaines de ses oeuvres, radicales, et incroyablement bien faites. Mais il incarne le marché de l'art et ce business que je ne comprends pas.
Je n'ai pas besoin d'acquérir des objets pour en jouir. Si j'avais les moyens d'acheter un tableau de Francis Bacon, je serais terrorisé. Je voudrais le voir, mais je serais inquiet de sa fragilité!
Théâtre
Au théâtre, je suis allé applaudir Kristin Scott Thomas dans Electra au théâtre Old Vic, à Londres. J'ai également assisté à la très belle mise en scène d'Ivanov de Tchekhov par Luc Bondy, à l'Odéon. Je lui ai d'ailleurs écrit. Il sait révéler les textes et les acteurs sans vouloir à tout prix les faire tenir dans une boîte conceptuelle. Travailler avec lui doit être une expérience extraordinaire.
J'adore me retrouver dans un théâtre, mais je suis superstitieux. On a parfois envie de râler parce qu'ils sont poussiéreux ou que l'acoustique n'est pas idéale, mais ce sont des endroits hantés, emplis d'histoires, qui absorbent tellement d'émotions -des artistes et du public. Je ne crois pas aux esprits, mais il y circule une énergie très particulière.
Suite française, de Saul Dibb, sorti le 1er avril 2015.