Bourbon, le jour. Ortiz, le soir. La formule peut heurter la sensibilité des monarchistes. Mais c'est une réalité depuis dix ans. Et sans nul doute la clef de la réussite de Letizia. Sa belle-mère, la reine Sophie, ne dit pas autre chose: "Elle doit continuer à être ce qu'elle est. Elle est compétente, adorable. Je l'aime beaucoup".
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"Première reine issue de la classe moyenne"
Une souveraine, dit-on en Espagne, ne doit pas avoir de passé, ni d'amis. Letizia n'a jamais fait sienne cette maxime nostalgique d'une Cour d'un Siècle d'Or à jamais révolu. Felipe n'a pas épousé une jeune fille sortie du couvent de Sainte Thérèse d'Avila. Letizia Ortiz Rocasolano a fait des études, divorcé, poursuivi une brillante carrière de journaliste qui l'a amené à présenter le JT de la principale chaîne de son pays. Ses racines, sa famille, ses amis n'ont pas été effacés le jour où elle devenue princesse des Asturies, le 22 mai 2004. Elle assume très bien cette étiquette dont l'a affublée récemment le quotidien El Pais, celle de "première reine issue de la classe moyenne".
Cet article est paru dans le magazine Point de Vue.
Et cela n'allait pas de soi. A ses débuts. Sans toujours pouvoir répondre à ses détracteurs, Letizia s'est battue contre ceux qui ne voyaient pas en elle une princesse idéale, qui stigmatisait sa maigreur et ses périodes de doutes, ou qui la réduisaient à un joli portemanteau. Que n'a-t-on écrit sur ses vertigineux talons aiguilles! Rien ne lui aura été épargné. Entre méfiance et scepticisme. Elle aura d'ailleurs attendu trois ans pour avoir son propre agenda officiel!
Dix ans de formation, de doutes et parfois même de souffrances. Le parcours de princesse de Letizia n'a pas été un long fleuve tranquille. Mais avec doigté et opiniâtreté, elle a su dessiner une autre façon de vivre à la Cour. Et plus encore d'incarner son rôle qui fait d'elle aujourd'hui une reine humaine et atypique.
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77 voyages en dix ans
Aujourd'hui, Letizia incarne à la perfection la monarchie espagnole, une femme de coeur qui dissimule parfois ses mérites comme le prouve notre enquête à Madrid (Point de Vue n°3435). Au fil du temps, avec intelligence, doigté et discrétion, elle a fait comprendre (et non pas imposer) à la Cour d'Espagne cette "double vie Bourbon-Ortiz".
Rien de schizophrène. Elle a su établir "un temps officiel" qu'elle remplit parfaitement (190 actes officiels, 107 audiences, 86 discours, 77 voyages pour représenter durant cette décade la couronne) et un "off" vraiment intime. La seule solution lui permettant de "préserver sa vie de couple et de mère". Comme en témoigne, ses vacances d'été qui ne sont plus exclusivement rythmées par la traditionnelle et très clanique villégiature au palais de Marivent, à Palma.
"Elle ne sera jamais une reine conventionnelle"
Aujourd'hui, les madrilènes ne s'étonnent plus de la voir, en jean, en plein shopping dans une boutique Zara, faire la queue au cinéma, se rendre avec ses amis au concert de ses groupes préférés du moment The Killers, Eels, Los Planetas, ou dîner en couple dans un restaurant de la ville. "Elle ne sera jamais une reine conventionnelle. Elle aime parler, échanger des idées, donner son avis", peut-on lire dans le quotidien ABC admiratif de cette jeune femme dont le parcours de princesse "n'a pas été un chemin de roses". Mais comme elle le dit si bien: "Tout peut-être enduré par amour".
