"Nous étions fiancés depuis deux ans, nous ne voulions plus attendre", s'émeut Eloi, 23 ans, étudiant. Avec sa compagne Marie-Liesse, tout était prévu, le grand jour devait avoir lieu le 18 avril 2020. Mais l'arrivée du coronavirus et le premier confinement ont changé la donne. Plus de mariage possible ce jour-là, les amoureux ont donc reporté la cérémonie au 13 juin. "Pour tous ceux qui ne pouvaient pas être là, on a eu l'idée d'un live sur YouTube", raconte le marié. Avec un ami vidéaste, le couple a préparé la diffusion de la messe en direct. Résultat : en plus des 70 participants, 250 personnes y ont assisté sur la plateforme. Eloi est ravi : "C'est comme si le mariage avait débordé, il y a eu une vraie communion avec tout le monde."

Voeux en direct

L'histoire des époux est loin d'être la plus courante. Selon l'Insee, seulement 148 000 mariages ont été célébrés en 2020, contre 224 740 en 2019, soit un recul de 34%. Quant aux chiffres de la Fédération des professionnels du mariage d'Ile-de-France, ils confirment le phénomène : 47% des couples ont annulé ou prévoient d'annuler leur union en cette période tourmentée. Mais ceux qui ont fait le choix de la maintenir ont pu se servir du numérique pour rassembler des proches souvent éparpillés et ne pouvant pas se déplacer. Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris, a remarqué une certaine appétence pour les diffusions en direct des voeux. "Lors de ma semaine de permanence de mariages, sur une dizaine de cérémonies, seule une d'entre elles n'était pas filmée en live", dénombre-t-elle. Pour l'élue, cela traduit à la fois l'acquisition certaine par les citoyens des usages numériques, mais aussi une faculté d'adaptation bien réelle. "Le fait d'être filmé ne change pas grand-chose en soi", assure-t-elle.

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Emotion et convivialité... à distance

A l'échelle nationale, difficile de savoir combien ont eu recours à leur téléphone ou à une caméra pour retransmettre l'évènement et le partager. Les acteurs du secteur se sont en tout cas adaptés. Marina Gambier, organisatrice de mariages pour Les demoiselles de Madame, a organisé la retransmission en direct d'un mariage franco-turc. "Toute la famille de Turquie était réunie. Nous avons fait installer un grand écran chez eux pour qu'ils vivent ensemble la cérémonie qui avait lieu en France, retrace-t-elle. Puis, au restaurant, nous avons mis en place une visioconférence sur Zoom pour que les personnes à distance puissent faire des discours."

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L'atmosphère, conviviale, a enchanté les mariés et Marina Gambier s'imagine bien retenter l'expérience avec, pourquoi pas, des quiz en direct ou des escape games. Elle l'assure : "Tant que l'on garde tout ce qui tenait cher aux mariés, la magie, elle, est toujours là." Loin d'être éphémère, le mariage en ligne pourrait bien devenir courant, dès lors qu'un proche ne peut pas se déplacer. "Même si cela ne remplacera jamais le contact humain", tempère Eloi, le marié. Parmi les nombreux couples qui ont de?ja? reporte? leur ce?re?monie en 2021, certains opteront peut-e?tre pour des noces version nume?rique. Car, malheureusement, un retour a? la normale n'est pas encore a? l'ordre du jour.

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François et Oscar* se sont dit oui devant la caméra

Oscar : "L'histoire de notre mariage est très liée aux mesures gouvernementales. Nous avons un projet d'adoption, qui nous poussait à maintenir la cérémonie, au départ prévue le 30 mai. Nous avions invité 150 personnes. Etant donné la limitation des 100 kilomètres, nous avons reporté à l'automne. D'abord au 31 octobre avec 30 invités puis, en dernier recours, au 28 novembre, seulement avec nos témoins et nos parents, six personnes au total. Malgré tout, nous souhaitions que nos proches puissent assister au mariage, alors on a organisé une visio sur Zoom pendant la cérémonie. On s'est adaptés."

François : "Quelques jours avant, nous leur avons envoyé un tuto d'utilisation. Puis, nous avons installé notre téléphone avec un trépied et c'était parti. On a beaucoup ri. On observait ma grand-mère de 94 ans devant un écran. Un cousin d'Oscar travaillait sur un chantier. Sur les 50 personnes présentes, certaines étaient sur leur 31, d'autres presque en pyjama. La puissance qui se dégageait était forte. On ne regrette rien et, de toute façon, on s'est donné rendez-vous pour organiser, quand ce sera possible, une fête digne de ce nom !"

*Les prénoms ont été modifiés

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