Post-confinement, l'heure est au bilan. Qu'elle ait été traversée au sein d'un appartement exigu ou au vert, en télétravail ou au chômage partiel, seul ou en famille, cette période a fait naître dans les esprits de chacun certaines remises en question. "Consciemment ou inconsciemment, ce confinement nous a fait vivre, à tous, énormément de changements, mettant en lumière ce qui nous plait ou nous déplaît dans notre quotidien. Des portes vont s'ouvrir, d'autres, peut-être, se fermer", explique le psychothérapeute Benjamin Lubszynski.
Changer de carrière
Au chômage partiel depuis la mi-mars, Fanny, 26 ans, maquilleuse et vendeuse pour une célèbre marque de cosmétiques a décidé de remettre de l'ordre dans sa vie professionnelle. Au cours de ces dernières semaines, la jeune femme s'est ainsi confrontée à une autre réalité : un quotidien plus malléable, et dénué de stress. "J'ai pour projet d'ouvrir mon propre salon de beauté. J'y pensais déjà avant, mais le confinement m'a permis d'y voir plus clair. Le déclic a été de pouvoir profiter de ma fille 24h/24", confie-t-elle.
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Entre le temps passé dans les transports en commun, le manque de reconnaissance au travail, et les plannings surchargés, Fanny reconnaît avoir associé la perspective d'une reprise à un sentiment d'angoisse. "Bien sûr, j'ai peur que les débuts soient très longs, et de ne pas être rentable assez vite pour subvenir aux besoins de ma famille, mais si je ne tente pas je ne saurai jamais, et je vais me donner tous les moyens pour que mon projet fonctionne", assure-t-elle. "Pour la première fois, la vie nous a obligés à remettre en cause notre quotidien et à expérimenter quelque chose de radicalement différent, générant pour certains une réelle quête de sens : faire les choses jusqu'au bout et ne plus être qu'un simple maillon de la chaîne, jouir d'une plus grande mobilité, ou encore devenir son propre patron", souligne Benjamin Lubszynski.
Changer de cadre de vie
Changement de vie en perspective également pour Mylène, 30 ans, coiffeuse en région parisienne, mais pour une motivation tout autre : quitter la capitale pour s'installer en province avec son compagnon. "L'élément déclencheur a été de nous retrouver enfermés dans un appartement, avec notre bébé de 20 mois. Et, qui plus est, loin de notre famille. Le confinement nous a permis de revenir à l'essentiel et n'a fait que confirmer notre vision de la 'qualité de vie' qui passe par l'espace de vie et la proximité avec la famille", reconnaît Mylène.
"On constate un phénomène très fort : d'une part, une forme de répulsion - ici la grande ville que l'on veut quitter - et de l'autre, une forme d'expérimentation sur ce qu'il y a ailleurs, et qui nous fait envie", analyse Benjamin Lubszynski. Ce qui correspond en tout point à l'expérience vécue par Louisa qui travaille dans l'hôtellerie : "Mon conjoint, ma fille de 2 ans et demi et moi avons été confinés loin de notre appartement parisien, en Bourgogne, dans la maison de campagne familiale. L'air de la campagne nous a conquis et nous avons décidé de quitter la capitale d'ici à quelques mois". Et d'ajouter : "Loin de notre famille et de nos amis, nous nous sommes rapprochés en tant que couple. Et puis loin des yeux ne veut pas dire loin du coeur. Quant à la vie culturelle de la capitale, elle ne nous a pas plus manquée que ça. Nous nous sommes recentrés sur ce que nous voulons réellement : bénéficier d'une meilleure qualité de vie, avoir de l'espace, un jardin... Ce qui, pour nous, est impossible à Paris". Côté travail, pour Louisa comme Mylène, tout dépendra des opportunités : le cadre de vie, avant tout !
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Même réflexion pour ce couple de quarantenaires, fondateur d'un studio photo à Paris. Confinés avec deux enfants dans leur maison de campagne à 100 km de Paris, ils songent à rendre les clés de leur appartement parisien pour poursuivre leur activité en partieà distance. Leurs arguments ? Des économies de loyer, du temps pour développer l'entreprise - au vert et au calme - et un cadre plus sain pour les enfants...
Moins de stress et de facto un sommeil de meilleure qualité, moins de pollution (qu'elle soit olfactive ou auditive) : "Le vert est un révélateur d'enjeu médical", souligne le psychothérapeute. "Les grandes villes se disqualifient peu à peu au profit des plus petites villes qui vont connaître un boom de fréquentation phénoménal."
Changer ses modes de consommation
Fermeture de la plupart des commerces oblige, le confinement aura aussi permis pour la majorité des Français de s'essaye à de nouveaux modes de consommation. "Les gens ont pris le temps de cuisiner avec de bons produits, d'adopter un mode de vie plus restreint avec moins de sorties et de dépenses. Ce qui va être intéressant, maintenant, c'est de voir si cette accumulation de changements individuels va avoir un effet plus global", se questionne Benjamin Lubszynski.
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"Aujourd'hui, je souhaite modifier drastiquement l'impact que j'ai sur l'environnement, annonce Alexandre, 29 ans, consultant dans un Big Four en région parisienne. Cela passe par changer de travail afin de trouver une voie en accord avec cette décision et ne plus travailler pour des entreprises qui pratiquent le 'greenwashing'". Le jeune cadre songe ainsi travailler dans la gestion de projets, en start-up. Un poste selon lui plus vertueux. Mais cette envie de changement est plus profonde. Cela passe aussi "par ma façon de consommer (en termes de nourriture mais aussi en termes de textile) ; et enfin par l'habitat", affirme-t-il. "Vivre dans un plus petit espace pour réduire mon empreinte carbone et laisser la place à ceux qui en ont plus besoin... voire quitter Paris. Être payé 300¤ de plus qu'en province pour payer 400¤ de loyer en plus et mes courses/sorties 15% plus cher... Je ne suis pas mathématicien, mais je crois avoir compris que j'ai quand même raté un calcul".
Alors, les Français vont-ils revoir leurs habitudes de consommation à la baisse, afin de consommer moins, mais mieux ? "D'une part, nous avons réalisé que l'économie peut s'écrouler en seulement deux mois, et d'autre part, que les enjeux écologiques sont colossaux. Reste à savoir si la révolution du microcosme entraînera une révolution au niveau du macrocosme, ainsi qu'au niveau individuel", se demande justement le psychothérapeute.
