Des milliers de milliards de bactéries et d'enzymes, des centaines de millions de neurones qui communiquent en direct avec le cerveau... La muqueuse intestinale est une actrice clef de la santé. Et la nouvelle star des ouvrages consacrés au bien-être. En décembre 2020, une étude de l'Institut Pasteur, de l'Inserm et du CNRS marque un nouveau cap. Analysant comment, au sein d'une flore bactérienne déséquilibrée, certains dérivés lipidiques nécessaires au bon fonctionnement du cerveau disparaissent, les chercheurs confirment que la sphère émotionnelle peut être influencée par la modification du microbiote. Conséquence : ce dernier devient une cible thérapeutique pour lutter contre la dépression.
Préserver son capital intestinal
"Groupes pharmaceutiques et start-up planchent déjà sur la formulation de médicaments à base de micro-organismes, y compris pour les traitements des troubles dépressifs", confirme le Pr Harry Sokol, spécialiste du microbiote à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. En attendant les premiers "psychobiotiques", le gastro-entérologue invite à prendre soin de notre capital intestinal en évitant les antibiotiques quand ils ne sont pas nécessaires et les aliments qui agressent la flore - produits transformés, mauvaises graisses, farines et sucres raffinés. En vogue, le régime anti-inflammatoire, ou hypotoxique, vise à nourrir la muqueuse intestinale en bonnes bactéries grâce à une profusion de végétaux frais et biologiques - la moitié de l'assiette - tout en limitant les familles irritantes (lait de vache, gluten, "Fodmap"...).
LIRE AUSSI >> Les pouvoirs méconnus du ventre sur notre santé
"Mais manger correctement ne suffit pas ; le microbiote est parfois colonisé par des bactéries nocives", complète le micronutritionniste Denis Riché. "Par exemple, la levure Candida albicans agit sur le comportement alimentaire en déclenchant des envies compulsives de sucre, rendant tout régime difficile à tenir", détaille l'enseignant universitaire, qui publie ce mois-ci Comment le microbiote gouverne notre cerveau (De Boeck Supérieur). Autre dérèglement majeur : l'hyperperméabilité intestinale. Lorsqu'elle est abîmée, la muqueuse laisse passer les substances toxiques ou polluantes, créant des perturbations immunitaires, et n'assure plus l'assimilation correcte des molécules dont le corps a besoin.
Dans l'ouvrage pratique Ben mon côlon ! (éd. Leduc), le Dr Serge Rafal préconise un traitement en plusieurs temps. D'abord, huiles essentielles, plantes, voire antibiotiques spécifiques purifieront une flore déséquilibrée. Ensuite, il conseille de réensemencer l'intestin par l'alimentation et la prise de probiotiques en gélules ou naturels (produits lactofermentés non pasteurisés, miso japonais...). Le recours à la L-glutamine aiderait aussi les muqueuses hyperperméables à resserrer le maillage de leurs cellules.
LIRE AUSSI >> Microbiote cutané : voyage au coeur de la peau
Gérer son stress
"95 % de la sérotonine (neurotransmetteur qui participe à la gestion émotionnelle) est produite dans l'intestin", précise Denis Riché. Certains dysfonctionnements digestifs comme l'inflammation ou la constipation peuvent diminuer ou bloquer sa synthèse. "Attention ! Le problème naît parfois d'une insuffisance hépatique", prévient-il. Son conseil : en parallèle du rééquilibrage de la flore, procéder à une détoxification du foie combinant diète alimentaire et usage de plantes dépuratives. Autre scénario métabolique fréquent : un stress chronique oblige les neurones à consumer la sérotonine produite. La solution ? Apprendre à gérer son stress.
"Pour rétablir l'harmonie entre cerveau et intestin, il faut trouver comment faire parvenir des molécules issues de ce que nous mangeons aux circuits cérébraux qui en ont besoin", résume Denis Riché. Encore faut-il mettre en évidence l'origine des dérèglements en place, dans la sphère digestive ou ailleurs. A cette fin, naturopathes, micronutritionnistes, gastro-entérologues, mais aussi rhumatologues, médecins généralistes et psychiatres adoptent de plus en plus une approche holistique. Pour une meilleure harmonie du corps... et de l'esprit.
