Kinésithérapeutes et ostéopathes sont unanimes : il faut s'étirer régulièrement... mais pas n'importe comment ! "S'initier tôt aux bonnes pratiques freine le raidissement", assure l'ostéopathe Anne Gaël Kervarec. Les sportifs y gagneront en performance, en prévention des blessures et en récupération post-effort. Quant aux sédentaires, ils s'éviteront les fâcheux troubles musculo-squelettiques (TMS). "Car, avec l'âge, des verrous articulaires s'installent. Arthrose et arthrite entament peu à peu la mobilité et ce, parfois dès 25 ans", prévient le spécialiste. Mais tout est une question de méthode. Oubliez, donc, le stretching passif des années 1990. L'heure est aux étirements nouvelle vague qui mobilisent les chaînes musculaires dans leur globalité. Anne Gaël Kervarec plébiscite la "mobilité active" en oeuvre dans le yoga, le Pilates ou la gym posturale : "Les muscles en jeu cherchent ensemble un agrandissement dans la posture. A la longue, ils deviennent souples, renforcés et stables."

Nouvelles disciplines

Grâce aux récentes découvertes anatomiques et à quelques pionniers, de jeunes disciplines émergent. "L'étirement s'impose comme une science en devenir", se réjouit Agnès Binois - coach et enseignante spécialisée en traumatologie du sport - qui vient de lancer sa technique, l'Easing. A la clef ? Elasticité accrue des tissus, circulations sanguine et lymphatique relancées... D'après l'ancienne athlète, un étirement est bénéfique s'il est réalisé au bon moment, grâce à une technique actualisée. "On le déconseille avant ou après le running, le cycling ou toute autre discipline qui requiert vitesse et détente afin d'éviter les microlésions sur des fibres musculaires fragilisées, précise-t-elle. Mieux vaut donc programmer une séquence souplesse plusieurs heures après l'effort, voire le lendemain. Un à deux cycles d'étirements qualitatifs par semaine permettront de ne pas passer sa vie en séances d'électrostimulation, de massage ou d'ostéopathie."

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Des étirements mesurés et adaptés

Ex-danseur et fondateur de la très pointue technique APR (Assouplissement physiologique restructurant), Robert Bral préconise un travail en profondeur visant non pas le muscle, qui possède déjà la qualité d'élasticité, mais le fascia, son enveloppe qui l'empêche d'exprimer cette propriété. S'étirer par à-coups serait contre-productif, cette mode d'un autre temps ne faisant, selon lui, que contracter le muscle. "Les fascias sont des gaines de tissus conjonctifs, qui entourent les muscles, les tendons ou les ligaments, pénétrant même entre les fibres musculaires. Ils forment une sorte de toile d'araignée globale considérée comme un organe à part entière", complète Agnès Binois. Stress, choc, chirurgie, inflammation ou sédentarité peuvent y créer des noeuds musculaires perceptibles à la palpation. Ces "points gâchettes" engendrent alors douleurs, raideurs et même des coups de barre, car ils bloquent la circulation sanguine, freinant ainsi les échanges métaboliques. D'où l'importance des étirements mesurés et adaptés.

Les professionnels du tertiaire, souvent assis pendant de longues heures, en savent quelque chose : immobilité et tension nerveuse impactent la chaîne des fascias postérieurs, qui court le long des jambes, du dos, de la nuque et jusqu'au-dessus du crâne, déréglant le système nerveux sympathique. "Pour soulager cette autoroute du stress, on a tout à intérêt à se construire une routine de quinze minutes par jour", préconise Agnès Binois. Les exercices mobiliseront la colonne vertébrale dans les trois plans - flexion, inclinaison, rotation -, avec une respiration profonde qui oxygénera les muscles. L'étirement de ces chaînes dites "myofasciales" diluera les tensions et libérera l'énergie. Encore faut-il connaître son corps et sentir ce qu'on étire vraiment. Bonne nouvelle : certaines entreprises proposent déjà des mini formations à leurs salariés. A quand les espaces voués à des séances lors de la pause déjeuner ? On l'espère après ce confinement. Et pourquoi pas pendant, à la place d'un plateau-repas en visio ?

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4 pratiques à tester

APR. L'Assouplissement physiologique restructurant réinvente une barre au sol à partir d'un rééquilibrage thérapeutique des chaînes musculaires et fasciales. Studio Harmonic Paris, www.studioharmonic.fr ; Studio Pilates des Gobelins, https://pilatesdesgobelins.com ; Cours par zoom : robert.bral@yahoo.fr

Easing. Croisant l'APR et la méthode de "contracter-relâcher", chère aux kinésithérapeutes, ce travail doux et lent à l'aide d'élastiques étire les chaînes myofasciales dans leur intégralité. Prise de rendez-vous auprès d'Agnès Binois : agnesbinois@gmail.com

Body Reboot. Ce mix de Pilates, de yoga, de stretching et d'analyse posturale vise à rétablir les alignements naturels. Précision et intensité des étirements décompriment les disques vertébraux et libèrent le bassin. https://bodyrebootparis.com

Yin yoga. Inspirée d'un ancien yoga taoïste, cette pratique au sol fait tenir pendant plusieurs minutes les grandes postures d'assouplissement, avec respiration profonde et visualisations. www.qee.fr

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