Une élection vieille de plus de 90 ans
Officiellement fondé en 1927 par Robert et Jean Cousin, la première édition du concours "Miss France" sacre la même année Roberte Cusey.
Cependant, le concept même de l'élection remonte à 1920. A l'époque, le journaliste fondateur de Paris Midi, Maurice de Waleffe, crée le concours national de "La plus belle femme de France" auquel 1 700 jeunes filles participent. Après une première sélection de 49 candidates par un jury, ces dernières sont soumises au vote du public pendant sept semaines tandis que leurs portraits défilent sur les écrans de cinéma. Depuis 1986, année du sacre de Nathalie Marquay, le concours est diffusé à la télévision.
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Un règlement parmi les plus stricts des concours de beauté internationaux
Pour espérer voir sa candidature validée par la société Miss France, les prétendantes à l'écharpe tant convoitée sont sommées de montrer patte blanche. Agées de 18 à 24 ans, elles doivent mesurer au moins 1,70 mètres, ne pas avoir eu d'enfants et posséder un casier judiciaire vierge. Mais ce n'est pas tout!
Pas question pour la future représentante de l'élégance française d'avoir eu recours à la chirurgie esthétique (seule la chirurgie réparatrice est tolérée) alors que le passage par la case bistouri est monnaie courante aux concours de Miss Monde et Miss Univers.
Célibataires sur le papier, les candidates éviteront également les lentilles de couleur, perruque, extensions capillaires, tatouages, piercings et autres pièces rapportées. Pour le reste, la future Miss France ne doit jamais avoir posé nue, s'abstenir de fumer en public et obtenir la moyenne au test de culture générale imposé par la comité.
Une guerre des Miss mémorable
Directrice du comité Miss France fondé par son époux, Louis de Fontenay, en 1954, Geneviève de Fontenay cède la société familiale à Endemol en 2002. Conservant néanmoins ses fonctions en tant que salariée jusqu'en 2010, la dame au chapeau attaque finalement son employeur aux prud'hommes la même année, considérant son contrat rompu. A l'époque, Kelly Bochenko, Miss Paris 2009, sème en effet la discorde au sein de la société. Destituée de son titre sur demande de Geneviève de Fontenay après la parution de photos dénudées, la jeune femme est rappelée par Endemol pour participer à l'une de ses émissions de télé-réalité La Ferme Célébrités en Afrique.
Désavouée, Geneviève de Fontenay -qui s'oppose également au défilé des Miss en bikini- décide d'organiser son propre concours de beauté, Miss Nationale. En décembre 2011, un jugement lui interdit cependant d'organiser elle-même l'élection concurrente de Miss France. La dame au chapeau se retire alors du nouveau concours, rebaptisé entre temps Miss Prestige national.
Le dénouement de la saga aura finalement lieu le 13 novembre 2013 avec l'annonce de l'arrêt de l'ensemble des procédures qui opposaient Endemol et Geneviève de Fontenay depuis trois ans.
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Des scandales en pagaille
Clichés osés, votes truqués, titres retirés: à (presque) chaque élection de Miss France son scandale -qui participent, bon gré mal gré, à la publicité du concours.
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En 2008, Valérie Bègue causait bien des tracas au comité Miss France avec la réapparition d'anciennes photos d'elle nue, dans des positions équivoques, qui lui ont finalement valu la perte de son écharpe. Même punition pour Laetitia Bléger, Miss France 2004, destituée durant six mois après la publication de vieux clichés dénudés dans Playboy.
Pas de cadeau non plus pour Laury Thilleman, Miss France 2011 exemplaire, qui pose nue dans Paris Match en 2012. Privée quelques temps de son écharpe pour ses prestations officielles, la jeune femme a ainsi appris à ses dépens la signification de l'expression "Miss France un jour, Miss France toujours".
Un juteux business en forme de pied de nez au féminisme
Aussi décriée que suivie, l'élection de Miss France rapporte gros. Vivement commentée sur Twitter lors de la soirée de finale (plus d'un million de tweets pour l'édition 2014), l'émission, souvent jugée "rétrograde" permet pourtant chaque année à TF1 d'engranger une audience non négligeable (en moyenne 8 millions de téléspectateurs contre à peine 1,5 millions pour le Téléthon, en direct le même soir sur France 2) et de générer des revenus publicitaires de plusieurs millions d'euros.
A titre d'exemple, l'édition 2007 qui a sacrée Valérie Bègue, a rapporté 4,6 millions d'euros bruts en une seule soirée, d'après une étude Yacast de 2012, tandis que l'élection 2011 progressait encore en rapportant à elle seule 5,5 millions d'euros. De quoi largement rembourser la chaîne qui s'acquitterait de droits de retransmission payés environ 3 millions d'euros par an à Endemol -qui avait lui-même racheté la marque à Geneviève et Xavier de Fontenay en 2002 pour près de 6 millions d'euros.
En bref, un joli pactole, auquel s'ajoutent les bénéfices des SMS et autres communications téléphoniques émis par le public appelé à voter pour sa miss préférée parmi les 12 finalistes. De quoi mettre la pression aux organisateurs du grand show: "Dans cette émission, on ne peut pas s'amuser à faire n'importe quoi. La gardienne du temple, Sylvie Tellier, peut estimer qu'un maillot de bain est un peu trop échancré", explique Frédéric Gilbert, directeur artistique de l'émission depuis sept ans, dans une interview accordé à 20 minutes.fr. L'objectif: séduire le public sans pour autant briser la tradition. Et c'est bien là tout le paradoxe.
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