Affublé de son chihuahua blanc "à poils longs" qui jaillit de son sac, Tyen est un personnage fantasque et surprenant. Ce self-made man en chemise rose est arrivé en France à 17 ans, sans en connaître la langue. Il s'inscrit d'abord aux Beaux-arts. Il devient ensuite maquilleur pour l'Opéra de Paris, où il apprend son métier sur le tas, donnant de la couleur aux personnages. Il collabore avec la presse féminine internationale, avant d'être repéré par la maison Dior, pour laquelle il conçoit les lignes de make-up. C'est aussi un excellent photographe de mode, dont les clichés sont exposés au festival international de la photographie de mode à Cannes, qui se tient dans les rues de la ville jusqu'au 15 août.
Ces photos exposées reflètent votre passion de la mode...
Ce sont mes photos préférées de ma collection personnelle. J'ai réalisé ces clichés durant 15 ans, pour mon plaisir. Elles reflétent une période où j'étais fou d'amour pour la mode et les créateurs. Je ne voulais pas que ces belles robes tombent dans l'oubli après un seul défilé.
De maquilleur, vous êtes devenu photographe. Pourquoi?
Je me suis mis à la photo car je ne supportais pas de voir mon travail de maquilleur gâché par certains photographes! J'étais sans cesse soumis au regard de quelqu'un d'autre. Heureusement, j'ai aussi eu la chance de travailler avec de très grands photographes, dont Irving Penn, Richard Avedon, Hiro et Bill King. Je créais mon maquillage en fonction de leur lumière. C'est comme ça que j'ai appris.
Vous avez été formé aux beaux arts et vos portraits ressemblent à de la peinture....
Je suis un obsédé de la couleur, et fou de Francis Bacon et de Picasso. Le visage des modèles est comme une toile blanche sur laquelle je dessine. Pour moi, le travail que je réalise, c'est comme du cinéma, je vends du rêve. Je ne demande pas aux femmes de ressembler à mes photos.
C'est sans doute pour cela que de nombreux photographes beauté utilisent Photoshop à outrance...
Moi je me sers de Photoshop pour effacer les ridules, les cernes et les poils de la peau. Mais pas plus. Je gomme, mais je ne reconstruis pas tout avec du Photoshop. Je considère d'ailleurs que le numérique rend paresseux...
Du coup, ce sont des looks difficilement transposables dans la rue. Vous vous inspirez de la femme de tous les jours?
Je les regarde, mais je vois surtout des défauts!
Les femmes se maquillent-elles mieux qu'avant?
Oui, beaucoup mieux! Mais elles mettent moins de couleur. Regardez autour de vous, on ne voit pas un vrai rouge à lèvres dans la rue. Pourtant les produits de make-up se vendent! Si on ne crée par un fard vert pour le printemps, les femmes nous le demandent. La vague des rouges à lèvres orangés a également été un succès. Je me demande ce qu'elles font avec... J'imagine qu'une fois qu'elles possèdent l'objet, elles sont satisfaites, et puis l'oublient dans leur salle de bain. Elles achètent du fard à paupières orange, mais se maquillent toujours en noir, marron ou gris.
Vous voyagez sans cesse, pour vous, qui sont les femmes qui ont de bons réflexes beauté?
Les Parisiennes et les Japonaises sont celles qui m'impressionnent le plus, car elles ont une peau soignée. Elles font très attention à ce qu'elles achètent. Mes amies japonaises appliquent 4 ou 5 produits sur leur peau avant de sortir. J'ai essayé, j'ai tenu deux jours!
On assiste à une profusion de nouveaux produits. Pour vous, quelle est l'avenir de la beauté?
Le futur, c'est un trio de produits. D'abord un beau fond de teint hydratant, c'est primordial. Et puis, on complétera par un beau mascara et un lip gloss. Et cela suffira!
