Les sceptiques qui regardaient la cosmétique bio d'un ?il distrait ne peuvent que se rendre à l'évidence: il faut désormais compter avec cet adjectif écologiquement correct si l'on veut être une marque de soins digne de ce nom. Dépassant le cercle restreint de quelques gammes spécialisées, ces produits au doux parfum de nature attirent de plus en plus de consommateurs, babas et bobos en tête, mais pas seulement.
Le seul succès du Guide des cosmétiques bio, sorti en septembre dernier aux éditions Vigot, est un signe qui ne trompe pas. «Il est un peu tôt pour donner un chiffre des ventes, mais nous en sommes déjà au deuxième retirage», se réjouissait dès fin novembre Anne Ghesquière, coauteur de l'ouvrage avec Eve Demange. Elaborée avec les observations d'un panel de 400 femmes ayant accepté de tester 3 000 produits, cette petite bible bio a en outre apporté la preuve concrète des immenses progrès enregistrés par cette industrie naissante: «9 femmes sur 10 ont déclaré à la sortie de cette étude vouloir continuer à utiliser des soins bio», souligne Anne Ghesquière.
Bio, ce simple mot nous inspire confiance rien qu'à l'entendre, mais savons-nous ce qu'il signifie lorsqu'il s'applique à la cosmétique? Dans l'Hexagone, c'est le label Cosmébio qui fait autorité en la matière. «Il est né en 2002 après deux ans de concertation qui ont permis de mettre au point un cahier des charges très rigoureux, notamment sur la provenance des ingrédients», raconte Rodolphe Balz, président de l'association Cosmébio. Concrètement, le label bio n'est accordé qu'aux produits contenant 95% d'ingrédients naturels, ou d'origine naturelle, dont 10% issus de l'agriculture biologique. «Il y a trois ans, une dizaine d'acteurs du monde de la cosmétique étaient concernés. Aujourd'hui, ils sont 120», souligne Rodolphe Balz.
Parmi eux cohabitent des marques de grande distribution, comme Cattier, d'autres plus confidentielles, comme Naturetis et Huiles & Baumes, ou encore des signatures franchement luxueuses comme celle d'Alma Carmel, toutes ayant en commun d'offrir un savoir-faire qui n'a plus rien à envier aux marques conventionnelles. «Les qualités sensorielles sont désormais excellentes, et l'approche est véritablement scientifique, confirme Violette Watine, ex-L'Oréal, fondatrice du nouveau site de conseil et de vente Mademoiselle Bio. Il n'y a qu'à voir ce que propose une marque comme Green Energy, qui a su faire du bio à la fois efficace et gourmand en proposant des textures gel très fraîches, des couleurs acidulées et des parfums plus qu'appétissants.»
Terminés, l'emballage rabat-joie et la gamme réduite au strict minimum. Les adeptes du bio trouvent aujourd'hui du maquillage dans tous les coloris, des shampooings de tout poil, comme la gamme Druide proposée chez Résonances, la célèbre chaîne récemment convertie au bien-être en général et au bio en particulier, des soins pour le visage comme pour le corps, gels amincissants compris, et même des lignes hyperciblées, comme la récente Ultra Délicate, de Doux Me, formulée sans huiles essentielles et destinée aux peaux sensibles.
Côté actifs, les technologies sont aussi pointues qu'on peut en rêver. A base de fruits et de légumes frais cryogénisés, c'est-à-dire maintenus à une température très basse pendant leur traitement, les produits régénérants et antiâge Alma Carmel «conservent toute l'efficacité des actifs naturels présents dans ces végétaux pour en faire profiter la peau», explique la fondatrice.
Avec quels avantages pour nos épidermes? «La peau est un organisme vivant qui absorbe 60% des produits qu'on lui applique, détaille Violette Watine, soit, si l'on utilise la cosmétique traditionnelle, l'équivalent de 2 kilos de substances chimiques par an.» Une raison suffisante pour lui offrir du bio, d'autant que les ingrédients d'origine naturelle ont une bien meilleure affinité avec notre épiderme que les dérivés pétrochimiques type parabens ou huiles minérales contenus dans les soins conventionnels. Une réalité qui commence à faire son chemin dans les esprits et à interpeller les marques en général. Certaines ont déjà réagi, comme l'inattendue chaîne de salons de coiffure Jean-Claude Biguine, qui vient de lancer une gamme complète de soins bio, et d'autres s'apprêtent à le faire. On chuchote que Nuxe et Clarins seraient de ceux-là...