Pour que le soleil d'automne ne se transforme pas définitivement en temps de chien... Lorsque les quinze joueurs retenus par Philippe Saint-André pour l'opération "Résurrection à Dublin" entreront sur la pelouse aux environs de 18 heures pour leur 4e match du Tournoi des 6 Nations 2013, il sera grand temps de renouer avec les vertus de novembre. Le XV de France n'aura qu'une mission: redevenir conquérant, enthousiaste, retrouver la manière qui lui avait valu de bousculer Australiens, Argentins et Samoans sous les applaudissements. On se prend déjà à rêver. Michalak retrouve ses jambes, Fofana conserve son ardeur, et Picamoles sa puissance renversante. Oubliées les fausses passes, les demis plaquages, les contresens de jeu. Saint-André jubile, se dit qu'il a bien fait de faire confiance aux mêmes, parce qu'enfin la victoire...

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Y-a-t-il un autre choix? Depuis 1982, le XV tricolore n'avait pas connu d'enchaînement aussi catastrophique. Une nouvelle défaite donnerait au match contre l'Ecosse, samedi 16 mars, un air de rendez-vous avec la mort. Il suffirait alors d'un cinquième faux pas et une douzième cuillère de bois viendrait rejoindre dans les armoires de la fédération les autres onze objets honteux que tout supporteur des Bleus ne regarde qu'en rougissant. Le choc serait d'autant plus cruel que le dernier chatiment des Bleus remonte en 1957. On en avait presque oublié la cuillère sous la poussière, et plus personne n'osait reprocher aux grands Michel Vannier, Christian Darrouy, André Haget, François Moncla, Michel Celaya ou Amédée Domenech quatre moments d'égarement.

Pression sur Saint-André

Sans doute n'en serait-il pas de même avec Philippe Saint-André et ses joueurs. Car, le pire est toujours à venir. Après ce Tournoi catastrophe, ces Bleus bien pâles devraient enchaîner par une tournée en Nouvelle-Zélande en juin. Il ne paraît pas déraisonnable au regard du jeu actuel de l'équipe de France de parier sur trois nouvelles défaites face aux champions du monde. Comment survivre au triste bilan de huits matches sans victoire? Le président de la fédération, Pierre Camou, a eu beau rappeler d'un ton aussi sec que le bois de la cuillère que l'objectif c'est la coupe du monde en 2015... Il lui serait sans doute difficile de résister à la pression populaire, aux torrents de critiques déferlant sur un groupe de perdants entêtés.

Quelque part, on n'aimerait pas trop être dans la peau du capitaine Thierry Dusautoir et de ses quatorze vaillants coéquipiers tout à l'heure à Dublin. Tous ensemble, ils auront d'abord besoin d'un petit trou de mémoire pour effacer les regrets, les remords, des trois ratés précédents: trop de désinvolture à Rome, trop de crispation à Paris, trop d'imprécision à Londres. Il leur faudra recommencer comme au premier jour, comme s'ils jouaient un nouveau tournoi taillé sur mesure, un quitte ou double pour l'espoir ou pour la honte. Tous ensemble, ils devront résister à une marée verte toujours pénible à endiguer. Tous ensemble, ils devront incarner les valeurs collectives du rugby pour mettre dans les meilleures conditions les frères F de l'arrière, Fritz et Fofana, fonceurs, perforateurs, marqueurs peut-être. Le sursis est sans doute à ce prix.