-49 : Une défaite d'ampleur historique

Battue 13-62 par la Nouvelle-Zélande, l'équipe de France a subi samedi la plus large défaite de son histoire en Coupe du monde, et beaucoup plus que cela encore. Le record précédent (13-40 lors de la petite finale en 2003) mettait déjà en scène la Nouvelle-Zélande. Cette défaite est aussi la deuxième plus large de toute l'histoire des Bleus hors Coupe du monde. En 2007, ils avaient concédé aux Blacks un 61-10 (-51) à Wellington, mais en match-test.

13-62, c'est tout simplement l'une des plus grosses raclées de cette Coupe du monde. La défaite enregistrée par la France cristallise un écart supérieur à celui qui séparait l'Irlande et le Canada au premier tour (50-7), la Nouvelle-Zélande et la Namibie (58-14) ou la Nouvelle-Zélande et Tonga (47-9).

C'est aussi, de loin, le plus large écart jamais enregistré en quart de finale d'une Coupe du monde depuis l'Afrique du Sud - Samoa de 1995 (42-14), et le plus cruel en phase à élimination directe depuis la demi-finale Nouvelle-Zélande - Pays de Galles de 1987 (49-6). Jamais enfin, depuis son premier match en 1906, une équipe de France n'avait encaissé autant de points (62).

2015 : la pire Coupe du monde d'une équipe de France

En huit Coupes du monde disputées depuis 1987, le XV de France n'avait jamais récolté de résultat aussi pauvres. En 2015, elle a remporté trois matches contre l'Italie (32-10), la Roumanie (38-11) et le Canada (41-18) puis concédé deux défaites humiliantes contre l'Irlande (9-24) puis les Blacks. En deux matches contre des équipes du Top 5 mondial, la France a inscrit un essai et en a encaissé onze. Neuf essais encaissés en un match, cela constitue aussi une record historique, a égalité avec le 10-61 encaissé contre les Blacks en 2007.

En 1991, éliminée en quart de finale, l'équipe de France avait été battue 10-19 par l'Angleterre mais elle avait remporté tous ses matches de poule. En 2007, les Bleus avaient enregistré trois défaites sur l'ensemble du tournoi mais accédé aux demi-finales. Même bilan en 2011, avec une finale à la clef.

44,5% : Saint-André, l'homme de la défaite

Philippe Saint-André, en quatre ans de mandat, aura, de loin, été le sélectionneur français le moins efficace de l'histoire du rugby français. Le seul avec un taux de victoires inférieur à 50% (44,5%). La séquence 2011-2015 restera comme les années perdues du XV de France avec aucune victoire dans le Tournoi des Six Nations. Pire: les Bleus n'ont jamais terminé au-dessus de la quatrième place (2012, 2014, 2015) dans la compétition européenne. Ils furent derniers en 2013 pour la première fois depuis que la compétition se joue à six.

En quatre ans, les Bleus ont eu pour seules références deux victoires contre l'Angleterre et deux contre l'Australie. Leur 33-6 contre les Wallabies en novembre 2012 restera le sommet d'une période marquée par ailleurs par une défaite contre l'Italie, deux contre l'Argentine, et une incapacité permanente à battre le Pays de Galles et l'Irlande. 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites constituent la feuille de stats la plus pauvre depuis que le sélectionneur unique a été mis en place en 1963.

Philippe Saint-André rejoint ses joueurs, à l'issue de la défaite devant les All Blacks, le 17 octobre 2015 à Cardiff

ePhilippe Saint-André rejoint ses joueurs, à l'issue de la défaite devant les All Blacks, le 17 octobre 2015 à Cardiff

© / afp.com/FRANCK FIFE

438 144 : un énorme vivier, dont on ne fait rien

438 144, c'est le nombre de licenciés du rugby français. Dit autrement, la Fédération française de rugby (FFR) dispose d'une base de joueurs exceptionnellement importante à l'échelle mondiale. Il faut la mettre en relation avec le chiffre de 150 000 licenciés en Nouvelle-Zélande, atteint pour la première fois en 2014. Malgré la mise à disposition d'un centre d'entraînement très moderne à Linas-Marcoussis en 2002, le système de formation français est aujourd'hui incapable de maintenir le XV de France au plus haut niveau du rugby mondial.

Le jeu pratiqué dans le Top 14, dense, restrictif, sert de modèle aux écoles de rugby. Il va à contre-courant du jeu tel qu'il se déploie dans les plus grands matches internationaux, notamment en Angleterre, basé sur la vitesse et l'ambition offensive. Le Pays de Galles enchante le monde entier avec un réservoir de 70 000 licenciés. L'Irlande est la meilleure nation d'Europe avec 75 000 licenciés. La crise du rugby français n'est pas une crise de vocation. Elle est celle d'une absence de projet cohérent entre sa base et son élite.

2016 : le changement, ce n'est pas maintenant

Le mandat de président de la Fédération française de rugby Pierre Camou sera remis sur le tapis lors des élections fédérales de décembre 2016. Depuis le début de l'année, Bernard Laporte, et d'autres pour lui, mènent campagne sur le thème de l'indispensable changement. Camou, en place depuis 2008, a 70 ans et se complaît dans une exemplaire discrétion. Rien n'indique qu'il ait l'intention de démissionner, même si la magnitude du séisme va le placer en première ligne.Le délai qui sépare les événements actuels d'une nouvelle impulsion politique à la tête de la FFR risque de sembler interminable. Mais ce délai va rendre la campagne encore plus brutale, en laissant les contre-projets émerger, et il va fragiliser la capacité légendaire du pouvoir fédéral à s'auto-reproduire.

Bernard Laporte, candidat déclaré, a esquissé le sujet lors de ses commentaires sur TF1, en toute fin de rencontre. Il veut en finir avec un calendrier du Top14 surchargé qui empêche l'équipe de France de se préparer sur la durée comme le font toutes ses rivales. L'échec du XV de France, consommé samedi soir, est un monument du genre. Mais il ne doit rien au hasard. Il était programmé. La sanction sportive est tombée. Elle dessine une scène d'apocalypse qui rend le surplace impossible.

Les joueurs du XV de France quittent le terrain après leur défaite contre les All Blacks en quarts de finale du Mondial, le 17 octobre 2015 à Cardiff

Les joueurs du XV de France quittent le terrain après leur défaite contre les All Blacks en quarts de finale du Mondial, le 17 octobre 2015 à Cardiff

© / afp.com/FRANCK FIFE