A ce rythme-là, les auteurs de thrillers ne vont pas tarder à s'intéresser à la F1. Car, les soupçons de tricherie visant Renault sont en train de se transformer en un véritable roman noir. Et c'est le second couteau, habitué des rôles de figuration, Nelson Piquet Jr. qui tient le haut de l'affiche.
Pour bien comprendre, on rembobine. Nous sommes le 28 septembre 2008, à Singapour. Fernando Alonso, premier pilote Renault, s'élance de la 15 place. Contrairement à ses adversaires, il ravitaille très tôt. A son retour en piste, son coéquipier, Nelsinho Piquet heurte un mur. La course est neutralisée, et la voiture de sécurité fait son entrée. Tous les pilotes roulent au ralenti derrière la safety car et profitent de cette pause pour faire le plein. Alonso remonte, lui, petit à petit jusqu'à la première place pour finalement décrocher la victoire.
Depuis, Nelsinho a été licencié de chez Renault pour manque de résultats, juste avant que la fédération internationale (FIA) ne reçoive des éléments justifiant l'ouverture d'une enquête. Dans le cadre de celle-ci, l'écurie française est convoquée le 21 septembre.
Nelson Piquet Jr. met en cause Briatore
A l'ouverture de l'instruction, personne ne voulait croire à ce plan machiavélique inédit en Formule1. Imaginez un peu: un pilote qui part se fracasser dans un mur juste pour favoriser son leader?! D'autant que c'est le père de Nelsinho, Nelson Piquet, ancien champion du monde, qui avait révélé la supercherie, à l'occasion du Grand Prix de Hongrie 2009, la dernière course de son fils avant son licenciement. Nelson voulait se venger et était prêt à tout. C'était la seule lecture possible.
Mais le doute a commencé à s'installer. D'autant que le jeudi 10 septembre, le site de la radio RMC publie un document confidentiel: une lettre de Nelsinho adressée à la FIA dans laquelle il raconte tout.
"Il m'a été demandé par M. Flavio Briatore qui est à la fois mon manager et le directeur de Renault F1 Team et par M. Pat Symonds, directeur technique de Renault F1 de provoquer délibérément un accident afin de favoriser les performances de F1 Renault". Difficile de faire plus clair.
Jusqu'ici l'écurie française se refusait à tout commentaire, mais la publication de cette lettre dans la presse l'a poussée à s'exprimer. Ce vendredi, elle a décidé de porter plainte pour "chantage aggravé" contre les Piquet père et fils. Chantage? Renault affirme que le duo a tenté de faire réintégrer le fiston en promettant de ne pas lancer cette affaire.
Dans une lettre envoyée le 28 juillet à Nelson Piquet père, publiée par le site spécialisé autosport.com, Briatore avait averti le triple champion du monde brésilien et son fils qu'il les traduirait en justice s'ils persistaient dans leurs déclarations l'incriminant.
La réponse de Renault aux accusations des Piquet
"J'ai été extrêmement choqué d'apprendre que vous menaciez de faire cette déclaration devant la FIA comme un moyen de pression pour obtenir de Renault, en échange de votre silence, une poursuite de l'accord avec Nelsinho après le Grand Prix de Hongrie", avait écrit Briatore.
"Soyez avertis que, si vous preniez une quelconque initiative liée à ce chantage ou si vous faisiez une déclaration sur ce sujet, je n'aurais pas d'autre choix que de lancer contre vous et éventuellement contre Nelsinho toute action appropriée devant une juridiction criminelle et civile sur les chefs de diffamation, fausse accusation et extorsion", avait-il avancé.
Menaces, chantage, faux accident,... A quand le mécanicien qui sabote une monoplace concurrente juste avant le départ? Les Fous du volant ne sont pas très loin.
Côté pilotes, les réactions sont peu nombreuses. Dans les paddocks, on ne préfère pas croire à ces accusations. La palme de la meilleure formule revient à Rubens Barrichello, qui, lucide, explique: "il est plus facile d'accidenter une F1 que d'en piloter une, à cause de la puissance et du reste. En fait, il est très facile de plier une F1." Jean Alesi le savait déjà.
