Les pilotes rongent leur frein : le monde de la Formule 1 avait hâte de lâcher les chevaux, après quatre mois d'arrêt. En ce début du mois de juillet, tout le plateau est enfin réuni en Autriche, où se sont disputées deux courses en sept jours... à huis clos. Un nouveau départ pour une saison mise sur pause depuis mars et amputée de plusieurs rendez-vous, dont le Grand Prix de France. Mais le coronavirus a laissé des traces. La crise a plombé le budget des équipes, qui doivent serrer la vis à tous les niveaux, d'autant qu'à partir de 2021 sera mise en place une sorte de fair-play financier qui imposera aux équipes de limiter leurs dépenses de R&D.
L'objectif ? Redonner du sel à la compétition. Une bonne nouvelle pour des écuries historiques non adossées à de grands groupes, comme McLaren ou Williams, mais aussi pour des constructeurs tels que Renault qui, pour faire face à l'impact économique de l'épidémie, prévoit de supprimer 15 000 postes, dont 4600 en France.
Car la F1 est devenue une course au gigantisme, où "la place sur la grille dépend du budget des équipes, regrette Cyril Abiteboul, directeur général de Renault F1. Les top teams (Mercedes, Ferrari, Red Bull) dépensent 500 millions d'euros en châssis, moteur et pilotes, quand nous sommes entre 300 et 350 millions. L'écart est important."
"La F1 est un investissement acceptable pour la direction"
Pour l'équipe française, cette nouvelle réglementation était même vitale. Sans cette cure imposée à tout le plateau, "Renault aurait arrêté la F1", souffle un acteur du secteur. La crise a en effet mis les comptes à rude épreuve. L'écurie a dû fermer pendant deux mois ses usines en France et en Angleterre, plaçant au chômage partiel tous ses ingénieurs. Mais si l'équipe a dû réduire la voilure, elle peut toujours compter sur le soutien de sa maison mère. "La F1 est un investissement acceptable pour la direction. Après, j'ai un budget à ma disposition et c'est à moi d'aller trouver des revenus supplémentaires", assume le jeune directeur général (42 ans), qui a rebâti l'écurie depuis le retour à la compétition de Renault en 2015.
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Non sans douleur, d'ailleurs. Car pour Cyril Abiteboul, les temps sont décidément durs. A la mi-mai, il a brutalement appris le départ en fin de saison de son pilote vedette, l'Australien Daniel Ricciardo (31 ans). "Une blessure en pleine figure", même s'il a depuis fait son deuil de "cette rupture sentimentale". Il espère malgré tout maintenir la cohésion de l'écurie et peut compter sur le coéquipier du premier, le Français Esteban Ocon (23 ans), "mort de faim et talentueux", se réjouit-il. Chez Renault F1, il était temps de remettre le contact et de reprendre la piste. L'objectif pour cette saison : se hisser juste derrière le top 3.
