A chaque victoire chinoise, c'est la même cérémonie dans ce parc de l'ouest de Pékin: sur fond de roulements de tambours, le nom de l'athlète est placardé sur une réplique de la Grande Muraille. Pour les premiers JO organisés chez elle, la Chine est obsédée par l'or.

"Quand nous gagnons une médaille d'or, notre drapeau national est levé, l'hymne est joué, c'est le moment où le peuple chinois ressent le plus de fierté", explique Guan Xiangqing, membre du comité des fêtes du quartier de Fengtai.

"L'idée de ce tableau des médailles d'or, c'est que les gens participent aux JO à leur manière", souligne-t-elle.

Des buvettes permettent de se désaltérer en ces temps de forte chaleur. Un écran géant diffuse les épreuves, à l'issue desquelles des spectateurs sont réquisitionnés pour la cérémonie de célébration.

Deux personnes tapent pendant quelques minutes sur de gros tambours traditionnels, le temps que le nom de l'athlète soit collé dans cette partie du parc où, durant les JO, sont également proposés des spectacles.

Dimanche, la Chine a dépassé son record de médailles d'or remportées au cours de mêmes jeux Olympiques (32 à Athènes). Mais les responsables nient vouloir à tout prix en remporter le plus possible.

"Obtenir le meilleur résultat n'est pas l'unique objectif de la délégation chinoise, nous voulons promouvoir, avec le plus grand enthousiasme, conjointement avec les autres pays le développement dans le monde du mouvement olympique", a déclaré Cui Dalin, le numéro deux de la délégation chinoise.

Ces beaux discours ne se reflètent pas dans les faits.

L'entraîneur français de l'équipe de Chine de sabre, Christian Bauer, en a fait l'expérience.

Si chez les hommes, Zhong Man, a récolté l'or, une première depuis 24 ans pour l'escrime chinoise, par équipes, les femmes ont perdu en finale.

"J'ai croisé mes dirigeants après la médaille d'argent et ils ne m'ont pas félicité. Il n'y a que l'or qui compte", a-t-il regretté, après la finale perdue.

Au même moment, une journaliste ne pouvait s'empêcher de pleurer en zone mixte, comme si elle avait perdu un proche.

Depuis son retour au sein du mouvement olympique en 1979, la Chine a toujours étroitement associé les médailles d'or à son statut au sein de la communauté internationale, avec le souci en particulier de garder son rang et son honneur et surtout de ne pas perdre la face.

Aux jeux Olympiques de 1988, seuls des athlètes pouvant prétendre à figurer parmi les huit premières places avaient été envoyés à Séoul. Les autres étaient restés à la maison, la raison étant qu'un Chinois ne devait pas finir à la dernière place.

Les remarques de Christian Bauer ont soulevé des débats parmi les éditorialistes de la presse.

Certains ont plaidé pour que la Chine apprenne à perdre et à apprécier enfin toutes les médailles, même en argent ou en bronze.

"Si on considère la médaille d'or comme quelque chose de facile, alors si on ne l'obtient pas, cela provoquera une forte instabilité émotionnelle, mais si on la considère comme le résultat d'une compétition équitable (...), alors le sentiment d'"avoir gagné" ou d'"avoir perdu" deviendra quelque chose de normal", a estimé Le Journal de la Jeunesse de Pékin.

"Gagner n'est pas la plus grande des bonnes nouvelles, perdre n'est pas une catastrophe naturelle", titrait pour sa part il y a quelques jours Le Journal de la Jeunesse de Chine, bien avant le forfait lundi du héros national Liu Xiang, champion olympique en titre du 110 m haies.