Pékin veut verdir son image, et quel meilleur moyen que d'afficher son ambition lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin qui débutent le 4 février ? "Pékin 2022 sera les Jeux olympiques les plus verts et les plus propres jamais organisés", se vante le People's Daily Online, organe de propagande officiel du Comité central du Parti communiste chinois, dans un article publié vendredi. "C'est la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques que tous les sites sont alimentés à 100 % par de l'énergie verte, la technologie de fabrication de la glace adoptée ne produisant aucune émission", argumente encore le média.

Zhangjiakou, la ville qui co-organise les Jeux à environ 180 km au nord-ouest de Pékin, a en effet installé des éoliennes pouvant produire 14 millions de kilowatts, approximativement la même puissance qu'un petit Etat comme Singapour. Par ailleurs, les montagnes environnantes sont recouvertes de panneaux solaires d'une capacité additionnelle de 7 millions de kilowatts. Ces différentes installations sont reliées à un centre de distribution auquel seront connectés les sites olympiques - permettant à Pékin de dire que l'alimentation des Jeux est uniquement d'origine renouvelable.

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Cette promesse est également un argument de propagande pour le régime chinois, alors que plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ont décidé de snober les JO pour dénoncer les violations des droits humains en Chine, notamment contre la minorité musulmane ouïghoure. Mais ces JO "verts" sont-ils réellement si écologiques que cela ? Plusieurs éléments tendent à mettre à mal cette publicité.

Construits dans une réserve naturelle

La localisation des JO, comme le pointe CNN, est en soi déjà problématique. Selon la chaîne d'information américaine, le site de la station de ski est situé dans une réserve naturelle nationale, celle de Songshan, un parc fondé en 1985 pour protéger ses forêts denses, ses prairies alpines et sa riche biodiversité. CNN explique que les limites de la réserve ont été redessinées afin de pouvoir accueillir le domaine skiable quand la Chine a remporté la candidature pour être le pays hôte de l'événement sportif.

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Ainsi, la zone centrale d'origine de la réserve naturelle - y compris le plus haut sommet, qui, selon les experts, a la plus grande importance pour la biodiversité - ne fait plus partie des terres protégées. "C'est vraiment dommage, car (la zone centrale d'origine) est l'un des rares endroits du nord de Pékin qui possède des prairies alpines", a déclaré un expert écologique chinois, qui a demandé à ne pas être nommé par crainte de répercussions. "Un écosystème aussi unique est la raison pour laquelle il a été inclus dans la réserve naturelle d'origine en premier lieu."

Neige artificielle

La piste de ski pose également problème parce qu'il manque... de la neige. En 2019, la Chine estimait qu'elle aurait besoin de 185 millions de litres d'eau pour recouvrir les pistes naturellement inexistantes. Alors si les organisateurs affirment que cette eau ne contient pas de produits chimiques, un rapport produit par des chercheurs du Sport Ecology Group de l'université anglaise de Loughborough et l'association Protect Our Winters, prouve le contraire. Selon le rapport, plus de 100 générateurs de neige et 300 canons à neige oeuvreront sans relâche pour recouvrir les pistes de fausse neige.

Ce processus est énergivore et gourmand en eau et nécessite le recours à des produits chimiques pour ralentir la fonte de la neige, soulignent les auteurs. Il rend aussi les surfaces imprévisibles et potentiellement dangereuses, d'après de nombreux compétiteurs. "Les Jeux d'hiver 2022 constitueront sans aucun doute un spectacle impressionnant, que des millions de personnes à travers le monde regarderont et apprécieront, relève-t-il. Mais ils devraient aussi susciter le débat sur l'avenir des Jeux d'hiver et les limites de la fabrication d'environnements naturels artificiels".

La qualité de l'air

Afin de garantir un air respirable, les poêles à charbon ont été remplacés par des systèmes de chauffage électrique ou à gaz dans 25 millions de foyers à Pékin et les régions environnantes, où le froid est vif durant les mois d'hiver. Les aciéries de la région ont reçu l'ordre de diviser leur production par deux en août dernier et des dizaines de milliers d'usines ont dû payer des amendes pour dépassement des limites d'émissions polluantes.

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La qualité de l'air s'est indéniablement améliorée à Pékin ces dernières années : la capitale chinoise n'a enregistré que 10 jours de pollution atmosphérique élevée en 2020, contre 43 en 2015, selon le ministère de l'Environnement. La présence de particules fines, en provenance du reste du pays, continue cependant à dépasser régulièrement les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"La leçon des Jeux olympiques (d'été) de 2008 en Chine, c'est que déplacer les industries polluantes en dehors de Pékin ne suffit pas à garantir une amélioration durable de la qualité de l'air", commentait l'organisation écologiste Greenpeace en 2015.

Et sur le long terme

Quand Pékin a été désigné ville-hôte des JO-2022, l'un des arguments de la candidature chinoise était que les épreuves inciteraient 300 millions de Chinois à se mettre aux sports d'hiver. Mais cette activité risque de mettre encore plus de pression sur les ressources en eau. Pékin ne peut déjà compter que sur 300 m3 d'eau par an et par habitant, soit moins du tiers de l'approvisionnement recommandé par les normes de l'ONU.

"Organiser des JO dans cette région est une aberration, c'est irresponsable, dénonce de son côté la géographe Carmen de Jong, de l'université de Strasbourg, interrogée par l'AFP. Comme l'idée est de créer des stations de ski, il va falloir pomper de l'eau pour fabriquer de la neige. Elles ne peuvent pas fonctionner naturellement."

L'impact des transports

En revanche, contrairement aux Jeux précédents, l'impact des transports devrait être moindre. Les montagnes étant distantes de la capitale, Pékin a construit une ligne de train à grande vitesse pour rejoindre les pistes de ski et autres sites olympiques, et a mis en place des centaines d'autocars pour transporter les sportifs et le personnel d'accompagnement.

D'après les organisateurs, 85% des véhicules utilisés pour les JO-2022 rouleront à l'électricité ou à l'hydrogène. Pour cause d'épidémie, seuls les spectateurs résidant en Chine pourront assister aux Jeux - ce qui devrait mécaniquement réduire le coût écologique du transport aérien.