Panique au Parc OL ce jeudi soir. À la suite de jets de pétards, certains supporters venus voir le match de football entre l'Olympique lyonnais et le Besiktas Istanbul ont été obligés de se réfugier sur la pelouse. Des mouvements de foule qui, après avoir été difficilement maîtrisés, ont retardé le match de 45 minutes. Ce genre d'incident pose la question de la gestion des mouvements de foule, sujet sur lequel planchent des scientifiques.

Guy Theraulaz est directeur de recherche au CNRS et membre du centre de cognition animale. Avec son équipe, il étudie les mouvements de foule depuis quelques années. Entretien.

En quoi consistent vos recherches sur les mouvements de foule ?

Guy Theraulaz: Ce qui nous intéresse, c'est d'abord de comprendre quelles sont les interactions entre les individus. À la fois quand ils se déplacent normalement, mais aussi lorsque l'on augmente leur densité et leur vitesse. Le but est d'étudier les comportements chaotiques, turbulents qui conduisent à des chutes et des piétinements. L'exemple le plus connu est celui des rassemblements, par exemple à La Mecque.

En comprenant les mécanismes comportementaux, cognitifs, qui régissent les interactions entre les piétons lorsque les densités sont importantes, on peut construire un modèle numérique basé sur ces données, pour proposer des solutions.

La problématique des mouvements de foule est-elle prise en compte lors de la conception des stades?

Ce qui est étudié en amont, c'est le vidage et le remplissage du stade. Il y a des normes de sécurité pour éviter qu'on atteigne des densités où on a ces phénomènes turbulents qui apparaissent. On règle la taille des couloirs, la taille des tribunes et de leurs escaliers. Le but est de fluidifier les déplacements collectifs. C'est essentiellement les architectes qui le font.

Des supporters lyonnais du Virage Sud envahissent la pelouse pour échapper à des jets de projectiles de supporters turcs, le 13 avril 2017 au Parc OL

Les supporters lyonnais ont eu du mal à regagner leurs places.

© / afp.com/PHILIPPE DESMAZES

L'environnement, la structure physique, la géométrie et la topologie des lieux influencent de manière drastique les comportements collectifs, l'organisation des flux, la façon dont les gens interagissent les uns avec les autres.

Comment éviter les mouvements incontrôlables tels que ceux d'hier à Lyon ?

Étudier des comportements collectifs comme celui qui s'est déroulé à Lyon est très difficile. Une des solutions apparue récemment est d'utiliser la simulation 3D et la réalité virtuelle. C'est-à-dire simuler des environnements de foules en panique, et analyser le comportement de sujets réels quand ils sont confrontés à ce genre de foules virtuelles.

On est maintenant capables de créer des environnements extrêmement réalistes qui peuvent reproduire, quasiment à l'identique, les sensations physiques que l'on pourrait retrouver au sein d'une foule en panique.

Quelles sont les applications concrètes de ces recherches?

La plus grosse piste, ce sont les bâtiments intelligents. Des structures qui vont pouvoir évoluer en temps réel en fonction de ce qui se passe à l'intérieur, lorsque les flux de personnes dépassent une certaine vitesse ou une certaine densité. Pour éviter les encombrements, on peut imaginer par exemple l'utilisation de piliers amovibles au niveau des sorties pour diviser la foule.

Il y a aussi différents paramètres de l'environnement qu'il est possible de contrôler de manière automatique, en fonction de ce qui se passe à l'intérieur d'un bâtiment. Jouer sur la luminosité est une solution car des fortes ou des faibles luminosités vont influencer le comportement. La lumière des stades pourrait donc permettre le guidage indirect des foules.