L'Express : Le 22 juin, Magny-Cours accueillera le Grand Prix de France automobile. Mais, selon Bernie Ecclestone, ce pourrait être la dernière fois. Que vous reproche le patron de la Formule 1 ?

Marcel Charmant, président (PS) du conseil général de la Nièvre. Quatre choses, si j'ai bien compris : un manque de structures d'hébergement, en qualité et en quantité ; une difficulté d'accès autoroutier ; l'obsolescence du circuit et une situation géographique trop éloignée des grands centres urbains.

Avez-vous engagé des actions pour sauver ce circuit ?

Bien sûr. Prenons les points les uns après les autres. Pour les structures d'hébergement, nous allons doter la Nièvre d'équipements hôteliers et de villages vacances qui permettront de répondre à la question, avec notamment plusieurs dizaines de chambres trois étoiles. Pour l'accès routier, l'Etat s'est engagé à terminer l'autoroute Nevers-Magny-Cours, ce qui permettra d'y arriver directement depuis Paris. Enfin, la modernisation du circuit est engagée : nous venons de lancer un concours d'architectes dont le lauréat sera connu en octobre.Reste la situation géographique...

Je n'ai en effet pas le pouvoir de déplacer l'agglomération parisienne... Magny-Cours sera toujours dans la campagne nivernaise. 

Quelles seraient les conséquences d'une suppression de ce grand prix pour un département comme le vôtre ?Tout dépend de la solution de remplacement retenue. Car Magny-Cours, c'est bien entendu le Grand Prix, qui représente 15 à 20 % du chiffre d'affaires annuel pour certains restaurants et certains hôtels de la région. Mais c'est aussi une activité économique permanente, avec des essais, des compétitions et des entreprises installées à proximité du site à l'année. Soit, à l'année, 50 emplois directs et 400 sur le technopole, sans compter les activités liées aux trois journées des essais et du Grand prix lui-même.  

En clair ?

Si on construit un nouveau circuit en région parisienne, c'est l'ensemble de ces emplois qui sera à terme menacés. Si on choisit d'organiser une course d'une journée sur un circuit de circonstance, comme à Monaco, les pertes seraient moindres car les activités à l'année subsisteraient.

Comprenez-vous qu'aux yeux des patrons de la fédération internationale, un Grand Prix de Paris fasse plus rêver qu'un Grand Prix de la Nièvre ?

Paris, oui. Evry, Melun ou Marne-la-Vallée, moins... 

Marne-la-Vallée, c'est Eurodisney. Une solution à laquelle François Fillon serait favorable.

J'ai fait valoir à François Fillon que la création d'un circuit permanent en région parisienne menacerait non seulement Magny-Cours, mais aussi Le Mans. Or, je crois savoir que le Premier ministre est aussi un élu de la Sarthe...

Propos recueillis par Michel Feltin