Ce sont deux lettres habilement glissées dans les annexes du rapport de la commission d'enquête du Sénat sur l'efficacité de la lutte contre le dopage. La première est signée par Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI), en date du 3 juillet. La seconde, datée du 11 juillet, provient des avocats des Cyclistes professionnels associés (CPA), soit le syndicat international des coureurs. Leur revendication est la même: 'ne publiez pas messieurs les Sénateurs la liste des coureurs positifs à l'EPO sur le Tour de France 1998'.

En publiant les résultats majoritairement positifs à l'EPO de synthèse des tests rétroactifs effectués en 2004, révélant ainsi le dopage de Laurent Jalabert, Jan Ullrich, Marco Pantani, Mario Cippolini et d'autres, la commission a ainsi pris le contre-pied du petit monde du cyclisme professionnel. L'UCI et les CPA rappellent que ces tests n'ont qu'une valeur scientifique et que le Sénat leur donne, malgré cela, une forme disciplinaire, la réputation des cyclistes positifs s'en trouvant entachée. Vrai. Mais est-ce immérité?

Quelle conséquence pour le dopage aujourd'hui?

Le rapporteur de la commission défend l'idée "que la publication de cette liste participe à l'indispensable travail de 'libération de la parole' qui - en matière de dopage - doit poursuivre son oeuvre au sein du sport en général et du cyclisme en particulier". Et d'ajouter, dans les fameuses annexes, que la commission "espère ainsi qu'un certain nombre de coureurs se saisiront de ce sujet et, par la reconnaissance de certains faits, permettront qu'un dialogue de rénovation s'engage". Au hasard... Laurent Jalabert?

Le risque reste l'amalgame entre hier et aujourd'hui. "Je ne vois pas ce que la publication (des bordereaux) apporte à une commission d'enquête chargée de tracer des perspectives pour la lutte antidopage, sauf à noyer ses 60 propositions, a réagi le président de la Fédération française de cyclisme David Lappartient. Nous cherchons à balayer devant notre porte et, s'il faut purger le passé, faisons-le. Mais j'ai trouvé que ce n'était pas juste par rapport à des jeunes athlètes d'aujourd'hui. On leur fait payer le comportement des coureurs de l'époque".

La mise en oeuvre des 60 propositions, en vue d'une loi cadre attendu au printemps 2014, peut seule confirmer que les sénateurs n'ont pas fait dans le sensationnel avec cette liste. "La nouvelle génération ne doit pas payer nos conneries du passé, a déclaré Jacky Durand, l'une des positifs du tour 1998. Je ne veux pas qu'on les discrédite sous prétexte que notre génération a fait des conneries. Notre sport est bien plus propre aujourd'hui, je veux que les gens le comprennent." Cela risque de prendre du temps.