Il paraît que ces gars-là veulent être les premiers de l'histoire de la coupe du monde à conserver leur titre, à refaire en Nouvelle-Zélande, ce qu'ils ont réussi en France il y a quatre ans. Et il y a même des gens pour les croire, persuadés que les Springboks sont toujours redoutables, dès qu'un ballon capricieux rebondit sur un terrain. Et que le tri nations poussif des Sud-Africains ne témoigne de rien d'autre que d'une ruse de bon aloi. Bref, les gros costauds du Transvaal ou du Cap auraient passé l'été à se faire oublier pour mieux surprendre à l'automne. Contre les Gallois, les Sud-africains, vainqueurs à Paris en 2007, n'avaient pourtant pas retrouvé la mémoire. Et la pauvreté de leur jeu, les inconséquences de leurs stars n'ont trompé personne, sauf peut-être des arbitres involontairement complices du premier hold-up de la compétition.
Les Gallois longtemps regretteront cette défaite injuste de Wellington. Les Boks pourront peut-être y raviver leur croyance en une bonne étoile. Mais l'avertissement sans frais ne vaudra que si l'entraîneur Pieter de Villiers leur remet le rugby à l'endroit. Pendant ces quatre-vingt minutes ressemblant à une exécution manquée, les champions du monde en titre n'ont presque rien montré. L'enthousiasme, la création, appartenaient tout entier au camp adverse. Avec les quelques supporteurs en rouge, on avait envie de crier : Galles ! Galles !
Qui a eu le plus souvent la possession du ballon ? Les Gallois. Qui a le plus occupé le terrain de l'adversaire ? Les Gallois. Qui a joué le plus dans les 22 mètres rivaux ? Les Gallois. En clair, même les statistiques s'y sont mises, comme pour mieux singulariser ce score final étrange et scandaleux, qui tient peut-être à une pénalité au quart d'heure de jeu refusée à James Hook, le buteur gallois, et que tout le monde avait vu passer entre les barres. Pour ne pas accabler encore plus les hommes sifflets, on ne mentionnera qu'en passant leur insistante mansuétude pour les fautes au sol des Springboks dans les regroupements. Un talonnage à la main aussi visible qu'un nez au milieu d'une figure a cependant échappé à la vigilance d'un juge de touche, dépossédant les Gallois d'une pénalité à tenter.
Ce constat importe peu face à un autre beaucoup plus inquiétant. En 2007, les Sud-Africains avaient bâti leur triomphe sur un triptyque impeccable : défense, jeu au pied, talents individuels. Quatre plus tard, la belle oeuvre n'a pas résisté à l'usure du temps. La défense hoquète, le jeu au pied balbutie, et les stars sont fatiguées. Le talonneur et capitaine John Smit ne montre plus l'exemple. Il n'impressionne plus guère. Privé de son éternel compère, Bakkies Botha, Victor Matfield semble avoir perdu ses repères. Le meilleur deuxième ligne du monde en touche, n'a jamais pris en défaut ses rivaux gallois. Le troisième ligne aile, Shalk Burger, n'est plus qu'un bulldozer sans imagination, tandis que le maître à jouer de 2007, le demi de mêlée Fourie du Preez souffre d'une panne sèche d'imagination.
Derrière, la ligne de trois-quarts n'a rien pour rassurer. L'ailier Bryan Habana, virevoltant feu-follet sur les pelouses françaises, ne prend plus personne de vitesse. Face à lui, Shane Williams, 34 ans, avait tout d'un gamin. Aussi grave : un vilain mal de l'altitude paraît le rendre incapable de saisir les ballons en l'air. Quant à François Steyn, le centre jeune premier d'il y a 4 ans, désormais exilé à l'arrière, y a perdu sa coiffure, son sourire de beau gosse et ses talents de perce-muraille, même s'il a marqué le premier essai des Boks.
Les gens de bon sens diront qu'une coupe du monde ne se juge pas sur un premier match. Les champions en titre peuvent encore se reprendre. Ils ont aussi joué une équipe difficile pour leur entrée dans la compétition. N'empêche : il est très osé de croire que la coupe Webb Ellis reprendra le 23 octobre le chemin de Johannesbourg.
