Difficile de trouver les bons superlatifs pour définir l'incroyable partition jouée, mardi 12 août, par les gymnastes chinois. Impressionnant, gigantesque, étourdissant ? En s'imposant devant le Japon et les Etats-Unis au concours général par équipes, les "gyms" de l'Empire du Milieu ont doublement frappé les esprits.

Tout d'abord, Yang Wei, Li Xiaopeng, Huang Xu, Zou Kai, Xiao Qin, Chen Yibing, ont réalisé un concours proche de la perfection en totalisant 286.125 points : ils ont en effet obtenu la meilleure note à cinq des six épreuves, l'exercice au sol étant le seul où ils ont été surclassés.

Pas de droit à l'erreur

Ils ont ensuite effacé leur "ratage" de 2004 quand, à la surprise générale, ils s'étaient fait déposséder de leur titre olympique de Sydney par l'armada japonaise pour ne terminer qu'à la ciqnuième place. La gymnastique ayant toujours été l'une des disciplines majeures du sport chinois, le passage à vide des petits hommes rouges aux JO d'Athènes avait été vécu comme un affront national. Cette année, à domicile, les Chinois n'avaient donc pas le choix. Devant leur public, ils devaient gagner. Pour ne surtout pas perdre la face. Evidemment, ils ont été au rendez-vous.

Dire qu'ils ont été parfaits dans toutes leurs rotations serait certainement exagérés, mais ils n'étaient pas loin de l'être. "Les Chinois étaient tout simplement au-dessus du lot, explique le gymnaste Benoît Caranobe, huitième du général par équipes (272.875 points) pour la première participation de la France à une finale olympique dans cette catégorie. La perfection n'existe pas dans le monde de la gymnastique, mais je peux vous dire que les Chinois la touchent presque du doigt. En occident, en Europe ou aux Etats-Unis, l'image de la gymnastique chinoise est associée à celle d'une enfant de six ans en train de pleurer dans une salle d'entraînement miteuse sous les ordres d'un entraîneur colérique. Je ne dis pas que ces histoires-là n'existent pas, mais la gymnastique véhicule des valeurs de cohésion nationale tellement fortes en Chine qu'elles sont difficilement assimilables pour nous."

"Comme des machines"

 L'année dernière, lors de leur stage de préparation aux championnats du monde de Stuttgart, les gymnastes français avaient accueilli leurs homologues chinois à Saint-Etienne pour une dizaine de jours. Benoît Caranobe s'en souvient encore. "Pendant notre stage commun, ils s'entraînaient comme des machines, explique le gymnaste français. Parfois, nous pouvions travailler ensemble. Mais pas tout le temps. Quand ça devenait sérieux, ils exigeaient le huis clos. Ils ne sont pas des spécialistes de l'originalité mais de l'intensité. Ils matchent comme si leur vie en dépendait."

C'est peut-être le cas. En tout cas, ces prochains jours, il faudra suivre de près Li Xiaopeng et Yang Wei aux agrès. En remportant son premier or à Pékin, le premier a égalé le record des trois titres olympiques de Li Ning (1984) et pourrait le surpasser s'il l'emportait aux barres parallèles.

Le second, double champion du monde du concours général individuel (2007, 2006) et double médaillé olympique, devrait aussi refaire parler de lui. On prend ici les paris que ces deux-là vont devenir, ces prochains jours, les nouveaux héros de ces JO. Jusqu'à ce que d'autres les remplacent...