Si la Fédération internationale de l'automobile (FIA) reçoit un coup de fil de Hollywood, qu'elle ne soit pas surprise. C'est juste pour discuter de l'adaptation cinématographique de ce que l'on appelle désormais le "Crashgate".
On pensait le dossier refermé depuis que les instances avaient décidé d'infliger du sursis à Renault, de condamner Pat Symonds, alors directeur technique de l'écurie, et de bannir à vie du monde de la F1, Flavio Briatore. Mais, un nouveau rebondissement relance le scandale. Attention révélation: la victime pourrait être le cerveau. Ça vous colle à votre chaise, hein.
Jusqu'ici, on pensait que les méchants Symonds et Briatore avaient forcé leur gentil pilote, Nelson Piquet Jr. à fracasser, en pleine course, sa monoplace contre un mur pour favoriser le leader de l'équipe, Fernando Alonso. La FIA avait pris ce parti et avait puni les responsables, tout en offrant l'immunité à Nelsinho s'il collaborait avec eux.
Mais, mercredi, la FIA a rendu publics plusieurs documents relatifs à l'affaire, qui contredisent sa version des faits. Selon des témoignages de Pat Symonds et d'un employé anonyme de Renault (que l'écurie nomme le "dénonciateur"), Nelsinho aurait lui-même suggéré ce plan machiavélique.
"Il m'apparaît que dans toutes les déclarations et tous les rapports externes que j'ai lus, un point essentiel manque, qui est que l'idée de l'accident a été entièrement conçue par Nelson Piquet Jr. Il a été le premier à m'approcher avec cette idée", a accusé Symonds dans une lettre à la FIA.
Briatore ne porterait qu'une "possible" implication?
Le "dénonciateur" se fait encore plus précis et détaille le film des événements:
"a. Nelson Piquet Jr. a approché Pat Symonds après les qualifications, le 27 septembre 2008, et a suggéré l'idée d'un accident délibéré pour racheter sa pauvre performance en qualifications."
"b. M. Symonds a mentionné l'idée à M. Briatore.
"c. La stratégie (de course, orchestrée par M. Symonds) a été conforme au complot.
"d. A la connaissance du dénonciateur, personne d'autre n'était impliqué dans le complot."
Pas un mot sur Flavio Briatore, décrit comme l'affreux jojo de cette affaire. Les enquêteurs de Renault, qui désignent Piquet Jr. et Symonds comme les responsables du complot, parlent seulement d'une "possible" implication de l'Italien. Briatore innocent ? Le vieux beau italien victime d'une erreur judiciaire? On replonge avidement la main dans le seau de pop-corn, car la fin n'est pas prêt d'être sifflée.
Le Conseil mondial, à l'origine des sanctions, se défend d'ailleurs de toute erreur de jugement: "même s'il n'avait qu'évité d'intervenir pendant que M. Symonds et M. Piquet Jr. se rencontraient pour préparer un accident volontaire (...), son rôle de directeur d'équipe le rendrait tout aussi responsable de l'infraction".
Happy end
Mais plus responsable qu'un autre? Car, s'il est prouvé que Nelsinho a lui même soufflé l'idée, le Conseil mondial devra reconnaître qu'offrir l'immunité au Brésilien n'était pas la meilleure des idées.
Heureusement pour les patrons de la F1, on est loin de ce scénario. La FIA a plutôt intérêt à clore définitivement le dossier pour ne pas salir encore un peu plus l'image de la F1. L'image de la F1, c'est l'obsession du patron de la FIA, Max Mosley. Le dirigeant a reconnu dans la presse allemande, jeudi, qu'il n'avait pas voulu "compromettre l'existence" de Renault en F1 au moment de sanctionner l'écurie dans l'affaire du Grand Prix de Singapour 2008.
"Je peux comprendre que les gens pensent que la sanction est trop clémente, mais nous étions confrontés à un problème. L'écurie emploie 700 personnes, dont 697 étaient innocentes", a-t-il poursuivi. "On ne pouvait pas exclure" que Renault quitte la F1 si son écurie avait écopé d'une sanction plus lourde.
Mercredi, Mosley a dû pousser un "Ouf" de soulagement: Renault a affirmé vouloir rester en F1 et "continuer à contribuer de manière importante à ce sport". Tout est bien qui finit bien. Comme dans les films hollywoodiens.
