Obnubilés par l'affrontement de vendredi contre les Argentins, on en oublierait presque les Irlandais, bien discrets ces temps-ci. Or, une défaite contre l'Irlande nous placerait dans des difficultés immédiates. En supposant que l'équipe de Brian O'Driscoll termine première de la poule et la France deuxième, nous serions condamnés à affronter la Nouvelle-Zélande dès les quarts de finale, et à Cardiff qui plus est.

Petit retour en arrière... Après une période faste au début des années 70 - la grande équipe de Willie John Mc Bride - puis un sursaut en 1982 et 1983, le rugby irlandais a entamé un lent déclin, accumulant déceptions et cuillères de bois. Le voyage à Lansdowne Road était une expérience pittoresque, pour son vent et son public, dont les équipes françaises et anglaises revenaient souvent victorieuses. Seul le figthing spirit de joueurs exceptionnels, comme Fergus Slaterry ou l'inénarrable Keith Wood, sauvait l'honneur national et maintenait un semblant de suspense. Victime de la concurrence des sports gaéliques et du football, le rugby irlandais agonisait.

Tout a changé au tournant des années 2000, quand rencontrer le XV du trèfle, et ses joueurs exceptionnels, est devenu pénible. L'Irlande a échoué de justesse dans sa conquête du Grand Chelem en 2006, battue par la France à Croke park. Réorganisés en franchises, les clubs irlandais ont bousculé la hiérarchie européenne - le Munster a été finaliste de la Coupe d'Europe en 2000 et 2002, avant de l'emporter en 2006.

Aujourd'hui, la "génération dorée" irlandaise serait vieillissante. Il faut s'en méfier. Brian O'Driscoll, capitaine de cette équipe très expérimentée, est un leader de choc. Derrière son visage poupon et ses airs de gendre idéal, il est souvent impliqué dans les échauffourées, ne pratique le fair play qu'en conférence de presse et aime à jouer les victimes. Il n'a certes pas mérité le coup - et la blessure consécutive - reçu lors du triste match de préparation contre Bayonne, mais je le trouve de plus en plus excité.

Il forme une paire de centres redoutable avec Gordon d'Arcy. De ce dernier viendra le vrai danger: il a moins de charisme mais plus de talent que son capitaine. Paul O'Connel, lui, est l'âme du pack irlandais. Cet athlète complet est l'un des tout premier deuxième ligne du monde, l'égal d'un Pelous, voire d'un Matfield. Enfin, O'Gara est un efficace demi d'ouverture, le Maureen O'Hara de L'Homme Tranquille de John Ford: une carte postale irlandaise, cheveux roux et visage romantique.

Je suis moins emballé par la première ligne, et notamment par le vétéran John Hayes, qui me rappelle l'oncle Fester de la famille Adams. Sa tenue en mêlée est approximative et il est très lent. On terminera cette revue d'effectif en évoquant le demi de mêlée, Peter Stringer, "the little rat" qui, comme son surnom l'indique, est une vraie teigne, à surveiller. Les mauvais résultats des matchs de préparation irlandais ne doivent pas nous tromper: c'est la dernière occasion pour ce groupe de montrer son talent. Avant de manger du Kiwi - le plus tard possible - il faudra tondre le trèfle.