Mieux vaut un "vieux" joueur rompu aux malices du Tournoi qu'un gamin piaffant d'impatience dans l'attente de sa première mêlée ou de sa première relance. Les sélectionneurs français et irlandais partagent cette même philosophie, comme le démontre la composition de leurs équipes où les plus que trentenaires sont légion. Chez les avants, l'aîné des Irlandais, le troisième ligne David Wallace court ventre à terre, comme sur le terrain, vers ses 35 ans; chez les Français, Lionel Nallet, deuxième ligne de combat, emprunte la même voie "douloureuse". Derrière, le favori des foules dublinoises Brian O'Driscoll a 32 ans, à l'instar de son vis à vis Damien Traille, 31 ans, mais né la même année. On pourrait encore citer pour les Bleus, William Servat, 32 ans bien tassés entre mêlées et charges sonnantes, et pour les verts, les deux poutres du pack, Donnchan O'Callaghan et Paul O'Connell, 31 ans.

Cette accumulation d'expérience n'a pourtant pas tout à fait les mêmes causes. En dépit de ses succès récents dans le Tournoi et en coupe d'Europe, l'Irlande est une nouvelle fois confrontée à un vieux symptôme du rugby à XV, lorsqu'il se joue entre Belfast et Dublin: le manque de renouvellement de ses joueurs. La Coupe d'Europe en a donné un premier indice. Pour la première fois depuis longtemps, la province du Munster, soit presque tous les avants d'Irlande, ne s'est pas qualifiée pour les quarts de finale de la compétition. Et la semaine dernière à Rome, l'Irlande a sué sang et eau pour vaincre l'Italie (13-11) grâce à trois points de son "vieil" ouvreur remplaçant Ronan O'Gara, presque 34 ans.

Côté français, ce ne sont pas les jeunes talents qui manquent. Mais Marc Lièvremont, le sélectionneur, ne veut plus leur donner leur chance. L'opération rajeunissement est -définitivement?- close. L'exemple de Fulgence Ouedraogo, le virevoltant troisième ligne de Montpellier, a valeur d'exemple. Jusqu'à l'automne, une confiance inébranlable lui était promise. Quel que soit l'adversaire, il jouait. Lièvremont lui préfère désormais le rassurant et expérimenté Julien Bonnaire, 32 ans. Le coach semble afficher en filigrane une nouvelle certitude: pour bien figurer à la coupe du monde, à l'automne en Nouvelle-Zélande, il faut s'appuyer sur l'expérience. Le poids des sélections ferait-il le choc des victoires? A moins qu'une étincelle d'un jeune feu-follet, tel Maxime Médard ou Fergus Mc Fadden, 24 ans, vienne remettre au goût du jour la jeunesse...