Grande-Bretagne 3 - France 0. En quatre jours, Philip Hindes, Jason Kenny et Chris Hoy ont réduit les espoirs de titres olympiques français à néant. La dernière chance, celle de Mickaël Bourgain en keirin s'est perdue dès les demi-finales avant même l'affrontement face à Chris Hoy, désormais sextuple champion olympique.
Forcément, une telle raclée, ça agace. D'autant que depuis les JO de Pékin, les Français, en vitesse en tout cas, ont toujours rivalisé avec les Britanniques, les battant même à plusieurs reprises. Exemple avec Grégory Baugé. En vitesse individuelle, Jason Kenny n'avait jamais réussi à dominer le Français lors des trois derniers Mondiaux. Lundi, aux Jeux, il a remporté sèchement les deux manches, avant de monter sur la plus haute marche.
Comment expliquer une telle situation? "Il y a les petits paramètres. Il est à domicile. Ça joue", a lui-même répondu Grégory Baugé. Les "petits paramètres"? Quésako? Depuis le début de la razzia britannique dans son vélodrome, les Français jouent avec les mots, parlent en ellipses et sous-entendus. L'hypothèse d'un dopage organisé n'a jamais été évoquée et il faudrait, pour porter de telles attaques, de solides preuves dont personne ne dispose.
Reste la piste d'améliorations techniques dont les Français n'auraient pas connaissance. Grégory Baugé confiait ainsi, à la suite de sa défaite en finale de la vitesse, avoir remarqué des différences entre les vélos utilisés aujourd'hui et lors des derniers Mondiaux où il était encore le patron. Lesquelles? Le champion français n'a préféré pas répondre à la question.
Isabelle Gautheron, la directrice technique nationale française s'est, elle, penchée sur les roues britanniques. Selon elle, le staff les planquerait dans des housses pour ne les monter sur les vélos qu'à la dernière minute. Dave Brailsford, directeur de la performance du Team GB, lui a répondu lundi, un brin moqueur: "Le secret de nos roues ? Elles sont rondes."
Des "gains marginaux" pour de grands progrès
Ce mardi, le quotidien britannique The Independent revient sur ces mystérieuses améliorations techniques et livre quelques secrets de fabrication, grâce au témoignage de Matt Parker, responsable de la cellule "Marginal gains" dans l'équipe britannique de cyclisme. Ce service rassemble 15 spécialistes dans des domaines aussi variés que la biomécanique, la nutrition ou la physiothérapie. Leur tâche consiste à permettre aux sportifs de réaliser de grands progrès grâce à des "gains marginaux".
"Nous avons remarqué il y a un an qu'il y avait une heure entre les demies et les finales (de vitesse). Donc l'un des objectifs était de trouver comment maximiser notre récupération pendant ce temps-là", explique Matt Parker.
Parmi ces "gains marginaux", des pneus plus adhérents grâce à de l'alcool pulvérisé avant le départ, une analyse extrêmement poussée des performances des coureurs ou plus étonnant, une grande consommation d'huile de poissons et de cerises de Montmorency, bourrées d'antioxydants et donc facilitant la récupération musculaire.
"C'est trop facile d'avoir des suspicions, technologiques ou autres"
Ancien champion et aujourd'hui entraîneur français, Florian Rousseau veut, lui, éviter toute polémique: "Entre 1996 et 2000, la France dominait et ça agaçait tout le monde. C'est trop facile d'avoir des suspicions, technologiques ou autres. Moi, je n'en ai pas." Il est vrai qu'à la fin des années 90, la France écrasait tout sur son passage. A chaque Mondial de 1996 à 2001, les coureurs tricolores remportaient au moins la moitié des épreuves de vitesse. C'était l'époque Félicia Ballanger-Florian Rousseau. Le passage de relais entre la France et la Grande-Bretagne s'est fait progressivement, au fil des explosions de Bradley Wiggins (2003), Chris Hoy (2004), Victoria Pendleton (2007).
En bon connaisseur de l'histoire de la piste, Florian Rousseau veut prendre du recul et analyser la situation: "Il y a la phase visible, le matériel, etc. Et derrière, beaucoup de travail, beaucoup de rigueur, beaucoup de moyens, financiers et humains", expliquait-il lundi. Les moyens sont ceux du groupe Sky, détenu par le milliardaire Rupert Murdoch. Autant dire que les cyclistes britanniques ne manquent de rien dans leur course à l'or. Ce que Matt Parker résume d'une formule dans The Independent: "Ce que nous faisons, c'est augmenter la probabilité pour les athlètes de réaliser leur meilleure performance." Tout simplement.
